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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 57 · chapitre 19 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Voici la première apparition du nom de Chateaubriand dans cette correspondance qu'il va passionner et illustrer.

Me de Duras avait manifesté à sa cousine, Me de Noailles, l'extrême désir qu'elle avait de rencontrer l'auteur du Génie du Christianisme et des Martyrs. Par les soins de Nathalie, l'entrevue eut lieu à Méréville. A huit ou dix jours de là, Chateaubriand, qui n'a pas su trouver l'hôtel de Mme Amédée de Duras, et qui craint d'avoir laissé sa carte chez Mme de Duras mère, demande par écrit à celle qui sera son amie la plus dévouée « si elle se souvient encore de son nom et si elle veut lui permettre d'aller lui présenter ses respectueux hommages ». Une autre fois, il refuse de se rendre à une invitation qu'elle lui a adressée parce qu'il y aura des invités et qu'il a « réellement peur des visages inconnus ». Un peu plus tard, il lui répond qu'il accepterait bien volontiers de déjeuner le lendemain chez elle, mais il supplie Mme de Duras de le traiter avec moins de cérémonie, une tasse de thé lui suffît. Enfin Mme de Noailles les réunit dans sa loge au théâtre. Et désormais, de part et d'autre, l'attachement existe, étroitement noué, et d'une solidité à toute épreuve. Nous allons constater la vivacité du sentiment qui s'empara soudain de Mme de Duras, dans une lettre toute voisine de la première entrevue ; et dans la lettre qui suit celle-là, sous l'influence peut-être de cette passion nouvelle, elle écrira : « La part de bonheur que j'ai est assez grande pour me faire peur quelquefois. » Elle énumère ses raisons d'être heureuse, et, dans cette énumération, elle omet celle qui donne de la valeur aux autres : l'amitié de Chateaubriand. Chateaubriand, plus d'un quart de siècle après, se souvient ainsi dans ses Mémoires : « Une forte et vive amitié remplissait alors mon cœur. La duchesse de Duras avait de l'imagination et un peu même dans le visage de l'expression de Mme de Staël : on a pu juger de son talent d'auteur par Ourika. Rentrée de l'émigration, renfermée pendant plusieurs années dans son château d'Ussé, au bord de la Loire, ce fut dans les beaux jardins de

Méréville que j'en entendis parler pour la première fois, après avoir passé auprès d'elle à Londres sans l'avoir rencontrée ; elle vint à Paris pour l'éducation de ses charmantes filles, Félicie et Clara. Des rapports de famille, de province, d'opinions littéraires et politiques m'ouvrirent la porte de sa société. La chaleur de l'âme, la noblesse du caractère, l'élévation de l'esprit, la générosité du sentiment, en faisaient une femme supérieure. »