Fille de Necker, romancière et théoricienne, adversaire de Napoléon. La lettre du Mercure où Chateaubriand attaque De la littérature (décembre 1800) le fait connaître ; elle le protège en 1801 et il lui écrit sous le nom de « Francis ». C’est à un dîner chez elle, au printemps de 1817, peu avant sa mort, qu’il retrouve Juliette Récamier.
En bref
| Naissance | 22 avril 1766 — Paris |
|---|---|
| Mort | 14 juillet 1817 — Paris |
| Sépulture | château de Coppet |
| Rencontres | Décembre 1800 : sa « Lettre au citoyen Fontanes » attaque De la littérature dans le Mercure. 1801 : elle le protège et s’occupe de sa radiation ; il la voit chez elle, où il aperçoit Mme Récamier. Août 1805 : visite à Coppet. 1814-1817 : rue Royale et chez Mme de Duras ; dernière visite au printemps de 1817, rue Royale, puis dîner rue Neuve-des-Mathurins. |
| Correspondance | 27 lettres dans la Correspondance (12 écrites, 15 reçues). Dix-neuf lettres et billets de Chateaubriand (1801-1817, archives de Broglie), signés « Francis », publiés par Paul Gautier en 1903 ; lettre de Mme de Staël du 3 décembre 1803 sur la mort de Pauline de Beaumont (Mémoires, livre XV, chapitre 6). |
| Sa mort | 14 juillet 1817, cinq heures du matin, rue Neuve-des-Mathurins ; Chateaubriand est alors à Montboissier. |
| Après sa mort | Septembre 1832 : il visite Coppet fermé et son tombeau, avec Mme Récamier (Mémoires, livre XXXV, chapitre 21). |
| Dans les Mémoires | 146 mentions (relevé automatique) : livres V (10, 14, 15) ; XI (2, 3) ; XII (4) ; XIII (6, 9, 10, 11) ; XIV (8) ; XV (6) ; XVI (9) ; XVII (3) ; XXI (1, 2, 4) ; XXII (13, 15, 24) ; XXIII (5) ; XXVII (11) ; XXVIII (10, 18, 19, 20, 21) ; XXIX (1, 7, 14) ; XXXIV (6, 7, 10, 15) ; XXXV (1, 21) ; XXXIX (3, 13) ; XLII (8) ; livre « Madame Récamier ». |
| Référence | Wikidata Q123041 |
Fille de Necker (1766-1786)
Anne-Louise-Germaine Necker naît à Paris en 1766 (Larousse ne donne que l’année ; le 22 avril selon Wikidata). Son père, Jacques Necker, sera directeur général des finances de Louis XVI ; sa mère, Suzanne Curchod, tient un salon qui réunit « toutes les célébrités de l’époque ». L’enfant trouve son amusement dans la conversation des amis de son père, Raynal, Buffon, Marmontel, Grimm, Gibbon ; à quinze ans, elle commente L’Esprit des lois (Larousse).

Chateaubriand juge Necker « écrivain noble, mais enflé », et ajoute :
« M. Necker est le père de madame de Staël. Sa vanité ne lui permettait guère de penser que son vrai titre au souvenir de la postérité serait la gloire de sa fille. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 10. · Lire le passage


En 1786, elle épouse le baron de Staël-Holstein, ambassadeur de Suède à la cour de France. Larousse résume :
« À défaut du bonheur, qu’un mariage mal assorti lui refuse, elle va aspirer à la gloire. »
Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. XIV, 1875, article « Staël-Holstein ».

La Révolution et Coppet (1789-1799)
Les Mémoires la nomment dans le Paris de 1789 :
« Chez M. Necker, chez M. le comte de Montmorin, chez les divers ministres, se rencontraient (avec madame de Staël, la duchesse d’Aiguillon, mesdames de Beaumont et de Sérilly) toutes les nouvelles illustrations de la France, et toutes les libertés des nouvelles moeurs. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 14. · Lire le passage
Mme de Beaumont est la fille de Montmorin ; ses relations avec Mme de Staël « n’avaient jamais complètement cessé » sous la Révolution (Gautier), et c’est par elle qu’en 1801 Chateaubriand se rapprochera de son ancienne adversaire. Larousse montre Mme de Staël en 1791 inspiratrice de Narbonne, encore à Paris lors des massacres de Septembre, puis au château de Coppet, « où Necker s’était retiré dès 1790 » ; elle publie les Réflexions sur la paix (1795) et De l’influence des passions (1796). Chateaubriand rappelle son crédit sous le Directoire :
« Entré dans le ministère à la recommandation de madame de Staël, qui obtint sa nomination de Chénier, M. de Talleyrand, alors fort dénué […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLII, chapitre 8. · Lire le passage
La lettre du Mercure (22 décembre 1800)
Rentré d’émigration en mai 1800 sous un faux nom, toujours inscrit sur la liste des émigrés, Chateaubriand publie dans le Mercure de France du 1er nivôse an IX (22 décembre 1800) une « Lettre au citoyen Fontanes sur la seconde édition de l’ouvrage de Mme de Staël », signée « l’auteur du Génie du Christianisme », livre qui n’a pas encore paru. L’ouvrage visé, De la littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales, publié en avril 1800 et réédité en novembre, défend la « perfectibilité » de l’esprit humain, que Fontanes avait déjà attaquée (Gautier).
« Mme de Staël donne à la philosophie ce que j’attribue à la religion… Vous n’ignorez pas que ma folie à moi est de voir Jésus-Christ partout, comme Mme de Staël la perfectibilité. »
Chateaubriand, « Lettre au citoyen Fontanes », Mercure de France, 22 décembre 1800, cité par Sainte-Beuve, « Mme de Staël », Revue des Deux Mondes, 1835. · Lire le passage
« Comble-t-on le désert avec le désert ? »
Chateaubriand, « Lettre au citoyen Fontanes », Mercure de France, 22 décembre 1800, cité par Sainte-Beuve, « Mme de Staël », Revue des Deux Mondes, 1835. · Lire le passage dans Agénor Bardoux, La comtesse Pauline de Beaumont
Sainte-Beuve relève dans les éloges « une malice galante et mondaine » :
« En amour, Mme de Staël a commenté Phèdre… Ses observations sont fines, et l’on voit par la leçon du scoliaste qu’il a parfaitement entendu son texte. »
Chateaubriand, « Lettre au citoyen Fontanes », Mercure de France, 22 décembre 1800, cité par Sainte-Beuve, « Mme de Staël », Revue des Deux Mondes, 1835. · Lire le passage
Les Mémoires en font une fantaisie d’insomnie, la faute de deux tourterelles qui roucoulaient la nuit :
« Dans un des moments d’insomnie qu’elles me causaient, je m’avisai d’écrire pour le Mercure une lettre à madame de Staël. Cette boutade me fit tout à coup sortir de l’ombre […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 6. · Lire le passage
Paul Gautier, qui a publié en 1903 les lettres de Chateaubriand à Mme de Staël conservées dans les archives de Broglie, n’en croit rien :
« Ce n’était pas, comme il l’a prétendu plus tard, une simple boutade, écrite « dans un moment d’insomnie, » mais un acte réfléchi, prémédité, concerté avec Fontanes. »
Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Mme de Staël, arrivée à Paris quelques jours après, se plaint : la lettre la disait hostile au gouvernement du Premier consul (Gautier). Dans la préface d’Atala (avril 1801), l’auteur fait amende honorable :
« Mais, dès lors que j’ai offensé, j’ai été trop loin ; qu’il soit donc tenu pour effacé, ce passage. »
Chateaubriand, préface d’Atala, 1801, citée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII. · Lire le passage
« Francis » : la protection de 1801
Mme de Beaumont le persuade de ménager Mme de Staël, qui a du crédit auprès de Fouché et s’occupe de radiations. Elle le prend sous sa protection, fait des lectures d’Atala chez Joseph Bonaparte, à Mortefontaine, l’invite à dîner (Gautier). De Coppet, elle écrit à Fauriel :
« J’ai beaucoup vu l’auteur d’Atala depuis votre départ ; c’est certainement un homme d’un talent distingué. Je le crois encore plus sombre que sensible […] »
Mme de Staël à Fauriel, Coppet, 17 prairial [an IX, juin 1801], citée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII. · Lire le passage dans François-Zénon Collombet, Châteaubriand
Il signe ses lettres « Francis », le nom qu’elle lui donnera jusqu’à la fin, et lui confie ses craintes de proscrit :
« Je prévois mon sort. J’irai mourir sur une terre étrangère. Il y a tant et de si beaux talens en France ! Le mien n’y fera pas un grand vide. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 8 prairial an IX (28 mai 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Le 2 thermidor (21 juillet 1801), Bonaparte signe sa radiation ; Élisa Bacciochi la lui annonce le lendemain. Il écrit aussitôt à Coppet :
« Je suis citoyen français, et je puis dire, comme M. Loyal, en dépit de l’envie. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 4 thermidor an IX (23 juillet 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Croyez, je vous en supplie, à toute la reconnaissance et à la tendre amitié que je vous ai vouées. Embrassez mon petit Auguste, et permettez-moi de baiser humblement vos belles mains. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 4 thermidor an IX (23 juillet 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Je vous dois sans doute une grande partie de cette faveur. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 4 thermidor an IX (23 juillet 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Les Mémoires disent seulement que la radiation, obtenue par Mme Bacciochi « à la prière de M. de Fontanes », était une affaire dont Mme de Staël « s’était occupée » ; Gautier leur reproche d’en parler « de façon distraite et inexacte ». Il alla la remercier, et vit chez elle Juliette Récamier (voir sa fiche). La version de 1839 garde la scène :
« Environ un mois après, j’étais un matin chez Madame de Staël ; elle m’avait reçu à sa toilette ; elle se laissait habiller par Mlle Olive, tandis qu’elle causait en roulant dans ses doigts une petite branche verte […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 1. · Lire le passage
En août, une brouille : Mme de Staël le croit coupable d’avoir montré ses lettres, et s’en plaint à Mme de Beaumont, qui écrit à Joubert :
« On l’accusait d’avoir montré ses lettres avec orgueil. C’est à moi qu’elle a porté ses plaintes, douces de paroles et amères de cœur. »
Pauline de Beaumont à Joubert, Savigny, août 1801, citée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII. · Lire le passage dans Paul de Raynal, Les correspondants de J. Joubert 1785-1822
« […] je vous assure sur mon honneur le plus sacré que jamais je n’ai montré une ligne de votre écriture à qui que ce soit […] »
Chateaubriand à Mme de Staël, 15 fructidor an IX (2 septembre 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Le nuage passe. En octobre, il lui annonce le Génie pour l’hiver :
« Si le Génie du Christianisme se vend, il doit me rapporter assez d’argent pour acheter la chaumière dont je vous ai parlé. J’aurai des poulets, puis un cochon, puis la vache et le veau. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 24 vendémiaire an X (16 octobre 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Je serai bien heureux, si vos amis les philosophes ne cassent pas mon pot au lait. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 24 vendémiaire an X (16 octobre 1801), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Le 9 septembre 1801, de Coppet, elle demande à Juliette Récamier, au milieu des nouvelles du traité avec le Pape (la lettre et son image, copie des Papiers Récamier, XIII) :
« Avez-vous revu l’auteur d’Atala. »
Mme de Staël à Mme Récamier, Coppet, 9 septembre 1801, copie, NAF 14079, p. 2. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Madame Récamier
Le Génie du christianisme et Delphine (1802-1803)
« Madame de Staël se méprit sur l’avenir de mes études religieuses : on lui apporta l’ouvrage sans être coupé ; elle passa ses doigts entre les feuillets, tomba sur le chapitre la Virginité, et elle dit à M. Adrien de Montmorency, qui se trouvait avec elle : « Ah ! mon Dieu ! notre pauvre Chateaubriand ! Cela va tomber à plat ! » […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 10. · Lire le passage
Le livre paraît le 14 avril 1802. Elle refuse d’en rendre compte dans la Bibliothèque française de Pougens et lui dit qu’« avec des ciseaux » elle se ferait un Génie à son usage (Gautier). Quand Fiévée attaque Necker dans le Mercure, Chateaubriand prend le parti du père :
« On peut ne pas aimer les opinions de M. votre père, mais avant tout il faut reconnaître en lui l’honnête homme et l’homme d’un grand talent. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 12 septembre 1802, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
En décembre paraît Delphine, dont la préface le nomme :
« Un ouvrage, dont ses adversaires mêmes doivent admirer l’imagination originale, extraordinaire, éclatante, le « Génie du Christianisme, » a fortement soutenu ce système littéraire. »
Mme de Staël, préface de Delphine, 1802, citée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Je rouvre ma lettre pour vous dire qu’Eugène m’apporte votre livre. Je jette les yeux sur la préface et j’y suis nommé. Nouvel empêchement à l’extrait. Vous êtes une cruelle femme de me ravir le bonheur de vous être utile. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 21 frimaire an XI (12 décembre 1802), publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Puis il lui rend son mot :
« Que vous dirai-je de Delphine ? Ce que vous me disiez du Génie du Christianisme. Avec des ciseaux, je ferai une Delphine pour moi. Vous voulez retrancher tous mes mystères. Je retranche la plus grande partie de votre troisième volume. Je n’aime point Léonce. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 8 janvier 1803, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Quoi que vous en puissiez dire, il n’y a que les cœurs religieux qui connaissent le vrai langage des passions. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 8 janvier 1803, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.

L’exil et la mort de Pauline de Beaumont (1803)
Menacée d’exil, elle tente de s’établir à Maffliers, à dix lieues de Paris, puis passe quelques jours à Saint-Brice chez Mme Récamier ; les Mémoires recopient ici les Dix années d’exil. Elle doit quitter Paris le 19 octobre 1803 (Gautier) ; Larousse la montre à Weimar en 1803 et 1804, enthousiaste de Goethe et de Schiller. À Rome, Pauline de Beaumont meurt le 4 novembre. Le 9, Chateaubriand envoie à Coppet le récit de sa mort :
« Quel triste sujet, madame, vient renouer notre correspondance ; elle est morte à Rome dans mes bras, le 4 du courant, à 3 heures et 8 minutes de l’après-midi. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Rome, 9 novembre 1803, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« S’il y est beaucoup question de prêtres et de religion, j’espère que vous n’aurez pas la cruauté de plaisanter dans de pareilles circonstances […] »
Chateaubriand à Mme de Staël, Rome, 9 novembre 1803, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Le paquet arrive à Coppet en son absence ; Necker l’ouvre et le fait suivre :
« Vous êtes bien sûr, monsieur, de la douleur qu’éprouvera madame de Staël, en apprenant la perte d’une amie dont je lui ai toujours entendu parler avec un profond sentiment. »
Necker à Chateaubriand, Coppet, 27 novembre 1803, cité dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 6. · Lire le passage
Elle apprend la nouvelle à Francfort :
« Pouvez-vous, pouvez-vous me parler d’opinions différentes sur la religion, sur les prêtres ? Est-ce qu’il y a deux opinions, quand il n’y a qu’un sentiment ? »
Mme de Staël à Chateaubriand, Francfort, 3 décembre 1803, citée dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 6. · Lire le passage
« Mon cher Francis, donnez-moi une place dans votre vie. Je vous admire, je vous aime, j’aimais celle que vous regrettez. »
Mme de Staël à Chateaubriand, Francfort, 3 décembre 1803, citée dans les Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 6. · Lire le passage
« Cette lettre empressée, affectueusement rapide, écrite par une femme illustre, me causa un redoublement d’attendrissement. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 6. · Lire le passage
Berlin, la mort de Necker, Rome (1804-1805)
Elle est à Berlin quand on y apprend l’exécution du duc d’Enghien ; Chateaubriand, qui a donné sa démission, cite son récit :
« Je demeurais à Berlin, dit-elle, sur le quai de la Sprée, et mon appartement était au rez-de-chaussée. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVI, chapitre 9. · Lire le passage
« Madame de Staël apprit à Berlin la maladie de son père ; elle se hâta de revenir, mais Monsieur Necker était mort avant son arrivée en Suisse. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 8. · Lire le passage
La lettre de condoléances de Chateaubriand (avril 1804) ne s’est pas retrouvée. Au printemps de 1805, elle est en Italie (Gautier) :
« Vous êtes au milieu des ruines où j’ai tant souffert. Vous avez visité sans doute les cendres de notre amie. Vous avez sous les yeux le monument que j’ai fait élever à sa mémoire. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 25 mars 1805, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« […] je conçois que si l’exil peut être supportable, c’est à Rome. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 25 mars 1805, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.

Coppet, août 1805
Après Vichy, Chateaubriand et Céleste passent par Lyon, où Ballanche se joint à eux pour la course de Genève et du Mont-Blanc :

« J’allai voir à Coppet madame de Staël ; je la trouvai seule au fond de son château, qui renfermait une cour attristée. Je lui parlai de sa fortune et de sa solitude, comme d’un moyen précieux d’indépendance et de bonheur : je la blessai. Madame de Staël aimait le monde ; elle se regardait comme la plus malheureuse des femmes, dans un exil dont j’aurais été ravi. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 3. · Lire le passage
« Ne disputons à personne ses souffrances ; il en est des douleurs comme des patries, chacun a la sienne. Madame de Staël visita le lendemain madame de Chateaubriand à Genève, et nous partîmes pour Chamonix. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 3. · Lire le passage
Céleste ne parle que de cette visite à Genève, où Mme de Staël leur fait promettre de passer quelques jours à Coppet au retour de Chamonix (Cahier rouge). La promesse ne fut pas tenue ; les deux récits s’accordent :
« A notre retour à Genève, sans avoir pu revoir madame de Staël à Coppet, nous trouvâmes les auberges encombrées. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 3. · Lire le passage
« […] elle écrivit d’avance à Paris les conversations présumées qu’elle avait eues avec M. de Chateaubriand et dans lesquelles elle l’avait, disait-elle, converti à ses opinions politiques. On sut que nous n’avions point été à Coppet et que la noble châtelaine avait fait seulement un roman de plus […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. de 1909). · Lire le passage dans Mémoires d'outre-tombe
L’éditeur des Cahiers (1909) n’a pu vérifier ce « roman » ; Gautier pense que Mme de Staël voulait l’enrôler contre Napoléon et qu’il s’esquiva. De Lyon, il s’excuse sur un ton enjoué, et lui commande deux barils de miel de Chamonix et quatre livres de sucre de lait :
« […] je voulais vous voir à Copet ; j’y comptais, je l’espérais, je le désirais vivement. Eh bien, je suis parti de Genève subitement, sans même y coucher ; des affaires m’ont forcé de prendre ce parti. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Lyon, 1er septembre [1805], publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« J’ai été charmé des bords du lac, mais point du tout de Chamouni. Les hautes montagnes m’étouffent. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Lyon, 1er septembre [1805], publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Le 20 septembre, de Villeneuve-sur-Yonne, chez Joubert :
« Depuis que j’ai une femme avec laquelle je vis fort heureux, je suis devenu amateur de la vie réglée et paisible. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Villeneuve-sur-Yonne, 20 septembre 1805, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Corinne (1807)
Corinne ou l’Italie paraît à la fin d’avril 1807, pendant que Chateaubriand revient de Jérusalem (Gautier). Il remercie l’auteur :
« Je suis charmé comme tout le monde, et cette fois-ci il n’y a eu qu’une opinion. Il n’y a que votre Oswald que je n’aime point du tout […] »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 25 juin 1807, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Mais comment avez-vous donné le nom de ma sœur à votre bégueule de Lucile ? »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 25 juin 1807, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Je voudrais bien avoir un bon château au bord du lac de Genève, cela vaut bien une maison dans le faubourg Saint-Honoré à Paris. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 25 juin 1807, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.


Vigée Le Brun la peint en Corinne au cap Misène (1808-1809) ; Gérard traite le même sujet en 1819 pour Mme Récamier, sur une commande du prince Auguste de Prusse, qui s’était épris d’elle à Coppet en 1807 (Lenormant ; voir la fiche de Juliette Récamier). Chateaubriand associe à Rome le souvenir de Corinne :
« […] mais j’ai vu tomber madame de Staël qui dédaignant de vivre au delà de sa jeunesse, passa rapidement au Capitole avec Corinne […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 7. · Lire le passage
De l’Allemagne et Chaumont (1810)
« Madame de Staël, rentrée en France vint au printemps de 1810 habiter le château de Chaumont sur les bords de la Loire, à quarante lieues de Paris, distance déterminée pour le rayon de son bannissement. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 20. · Lire le passage

Elle y surveille l’impression de De l’Allemagne et envoie le livre à Napoléon avec une lettre que Chateaubriand a recopiée dans ses Mémoires :
« Cette lettre inconnue méritait d’être conservée. Madame de Staël ne fut pas plus écoutée que moi, lorsque je me vis obligé de m’adresser aussi à Bonaparte pour lui demander la vie de mon cousin Armand. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 20. · Lire le passage
La police saisit l’édition chez l’imprimeur : dix mille exemplaires sont détruits ; le livre ne paraît qu’en 1813, à Londres (Larousse).

Le libraire était Nicolle, qui négociait aussi les billets de librairie de Chateaubriand. Celui-ci intercède pour lui :
« Il demande si vous ne seriez pas assez bonne pour lui faire rendre les 13 000 francs qu’il a donnés à votre Eugène pour le manuscrit. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 18 octobre 1810, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
« Si j’avais comme vous un bon château au bord du lac de Genève, je n’en sortirais jamais. Jamais le public n’aurait une seule ligne de moi. »
Chateaubriand à Mme de Staël, Paris, 18 octobre 1810, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Elle rend les 13 000 francs, mais la lettre l’a blessée ; il s’en explique :
« Si j’étais seul, j’irais bien volontiers demeurer dans votre château et je me ferais un grand honneur d’être votre frère. »
Chateaubriand à Mme de Staël, 7 novembre 1810, publiée par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Une lettre à Mme Récamier, sans date, copiée dans ses Papiers (XIII, p. 102 ; la lettre et son image) le nomme avec Lemercier. La date manque : la lettre copiée juste avant parle de « la nouvelle Princesse », mais rien n’assure que les deux se suivent.
« Je voudrais bien voir Lemercier. Chateaubriand et lui sont les seuls écrivains français qui m’intéressent à présent. »
Mme de Staël à Mme Récamier, Coppet, sans date, copie, NAF 14079, p. 102.
L’exil sans retour (1810-1814)
Renvoyée à Coppet, elle voit punir ses amis : Mme Récamier et Mathieu de Montmorency, venus la voir, sont exilés (Mémoires, livre XXVIII, chapitre 21). Elle ne leur disait pas tout :
« […] elle était mariée secrètement à M. Rocca, d’où résultait une complication d’embarras dont la police impériale profitait. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 21. · Lire le passage
« Elle avait en 1811 contracté un mariage secret avec un jeune officier de vingt-sept ans, remarquablement beau, du caractère le plus noble […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Larousse date ce mariage de 1810. En 1812, elle s’échappe : Tyrol, Autriche, Galicie, Pologne, Saint-Pétersbourg, Stockholm, puis Londres (Larousse). Chateaubriand cite ses Dix années d’exil dans son récit de la campagne de Russie :
« Le malheur même de Moscou, dit admirablement madame de Staël, a régénéré l’empire : cette ville religieuse a péri comme un martyr dont le sang répandu donne de nouvelles forces aux frères qui lui survivent. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXI, chapitre 4. · Lire le passage
Le retour (1814-1816)
Après la chute de l’Empire, elle rentre à Paris. Chateaubriand la range parmi ceux qui n’avaient pas plié :
« Honneur donc aux La Fayette, aux de Staël, aux Benjamin Constant, aux Camille Jordan, aux Ducis, aux Lemercier, aux Lanjuinais, aux Chénier qui, debout au milieu de la foule rampante des peuples et des rois, ont osé mépriser la victoire et protester contre la tyrannie ! »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 15. · Lire le passage
Rue Royale, elle se réconcilie avec Fontanes à un dîner où se trouvent Chateaubriand, Pasquier, Lally et Mme de Vintimille ; elle y fit, selon Sainte-Beuve, « la plus belle patte de velours que femme puisse faire » (cité par Gautier). Après les Cent-Jours, il la voit chez elle et chez la duchesse de Duras, qui fut le lien entre eux (Pailhès) :
« Je n’ai pas encore promis à Mme de Staël. J’allais lui écrire pour accepter. »
Chateaubriand à Mme de Duras, [1816], cité par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
En 1816, elle est en Italie pour la santé de M. de Rocca ; sa fille Albertine épouse à Pise, en février, le duc de Broglie (Lenormant).
« Revenue à Paris à la fin de 1816, Mme de Staël effraya ses amis par le spectacle de son changement. Sa faiblesse était excessive; elle n’obtenait le sommeil et on ne calmait ses douleurs que par l’opium. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Rue Royale, rue Neuve-des-Mathurins (printemps 1817)
En février 1817, à une fête chez Decazes, elle s’évanouit ; elle reste paralysée, couchée, écrit-elle en mai, « comme une tortue » (Gautier). Chateaubriand va la voir :
« Un matin j’étais allé chez elle, rue Royale ; les volets des fenêtres étaient aux deux tiers fermés ; le lit rapproché du mur du fond de la chambre, ne laissait qu’une ruelle à gauche ; les rideaux retirés sur les tringles, formaient deux colonnes au chevet. Madame de Staël à demi assise était soutenue par des oreillers. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
« Une fièvre ardente animait ses joues. Son beau regard me rencontra dans les ténèbres, et elle me dit : « Bonjour, my dear Francis. Je souffre, mais cela ne m’empêche pas de vous aimer. » Elle étendit sa main que je pressai et baisai. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
« […] c’était Monsieur de Rocca, le visage défait, les joues creuses, les yeux brouillés, le teint indéfinissable : il se mourait ; je ne l’avais jamais vu, et ne l’ai jamais revu. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
Le dernier billet que l’on ait de lui à elle décline une invitation :
« J’avais oublié que je dîne demain chez la Duchesse d’Orléans. Veuillez donc me pardonner et fixer un autre jour. Comment vont les pieds et les mains ? »
Chateaubriand à Mme de Staël, samedi 17 mai 1817, publié par Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Peu après, elle change de logement et l’invite à dîner ; trop malade, elle ne paraît pas. Il y retrouve Mme Récamier :
« Elle m’invita à dîner chez elle, rue Neuve-des-Mathurins ; j’y allai. Elle n’était point dans le salon et ne put même assister au dîner ; mais elle ignorait que l’heure fatale était si proche. On se mit à table. Je me trouvai assis près de Madame Récamier. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
Les Mémoires ne datent pas ce dîner (voir l’entrée du journal et la fiche de Juliette Récamier).
14 juillet 1817
Chateaubriand n’est pas à Paris : en juillet, il écrit de Montboissier à Mme de Duras, Céleste gravement malade près de lui. Le 4 juillet : « Mille tendresses à Mme de Staël » (Pailhès). Elle meurt rue Neuve-des-Mathurins (Gautier) le 14 juillet, à cinq heures du matin. Schlegel l’annonce à Mathieu de Montmorency :
« Monsieur, je suis chargé de vous apprendre une funeste nouvelle. Votre illustre et immortelle amie s’est endormie pour toujours ce matin à cinq heures. »
A. W. Schlegel à Mathieu de Montmorency, 14 juillet 1817, cité par Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Mme Récamier, qui avait loué pour la saison le pavillon de La Vallière, à Montrouge, afin de voir son amie chaque jour, apprend la nouvelle vers midi par Adrien de Montmorency (Lenormant). De Montboissier, quelques jours plus tard :
« Je regrette Mme de Staël; ses amis ministériels en disent-ils autant? »
Chateaubriand à Mme de Duras, [17-20 juillet 1817], cité par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
« Madame de Staël mourut. Le dernier billet qu’elle écrivit à Madame de Duras, était tracé en grandes lettres dérangées comme celles d’un enfant. Un mot affectueux s’y trouvait pour Francis. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
Sainte-Beuve, qui a vu ce billet du 26 juin 1817, dicté à son fils Auguste, y lisait au bas, de sa main : « Bien des compliments de ma part à René » (cité par Pailhès).
« Avec Madame de Staël s’abattit une partie considérable du temps où j’ai vécu ; telle de ces brèches, qu’une intelligence supérieure en tombant forme dans un siècle, ne se répare jamais. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
« C’était chez cette femme illustre que j’avais connu Madame Récamier, et après de longs jours de séparation, Madame de Staël réunissait deux personnes voyageuses devenues presque étrangères l’une à l’autre : elle leur laissait à un repas funèbre son souvenir et l’exemple d’un attachement immortel. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 22. · Lire le passage
Rocca lui survécut une année (Lenormant). Gautier rapporte, sans dire d’où il le tient, le mot qu’elle aurait dit à Chateaubriand : « J’ai toujours été la même, vive et triste ; j’ai aimé Dieu, mon père et la liberté. »

Le souvenir, à l’Abbaye-aux-Bois
Mme Récamier garde ses images. Dans la petite chambre du troisième étage de l’Abbaye-aux-Bois :
« La chambre à coucher était ornée d’une bibliothèque, d’une harpe, d’un piano, du portrait de Madame de Staël et d’une vue de Coppet au clair de lune. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice), chapitre 23. · Lire le passage

Puis, dans le grand appartement du premier étage :
« Elle plaça dans le grand salon le tableau de Corinne, le portrait de Mme de Staël, et plus tard le portrait de M. de Chateaubriand, par Girodet. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Wikimedia Commons donne la copie du portrait de Gérard par Marie-Éléonore Godefroid (ci-dessus) pour venue de la collection de Mme Récamier, et l’aquarelle de Coppet au clair de lune pour lui avoir appartenu : ce serait la « vue de Coppet » de sa chambre. Aucune des sources consultées ne le confirme.
Le tombeau de Coppet (septembre 1832)
Fin septembre 1832, Chateaubriand est à Genève ; Mme Récamier l’y a rejoint :
« Je suis allé hier visiter Coppet. Le château était fermé ; on m’en a ouvert les portes, j’ai erré dans les appartements déserts. Ma compagne de pèlerinage a reconnu tous les lieux où elle croyait voir encore son amie, ou assise à son piano, ou entrant, ou sortant, ou causant sur la terrasse qui borde la galerie, madame Récamier a revu la chambre qu’elle avait habitée […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 21. · Lire le passage

« Un sépulcre avait été bâti d’avance dans ce bois pour y recevoir M. Necker, madame Necker et madame de Staël : quand celle-ci est arrivée au rendez-vous, on a muré la porte de la crypte. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 21. · Lire le passage
« Je ne suis point entré dans le bois, madame Récamier a seule obtenu la permission d’y pénétrer. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 21. · Lire le passage
« Si j’ai jamais senti à la fois la vanité et la vérité de la gloire et de la vie, c’est à l’entrée du bois silencieux, obscur, inconnu, où dort celle qui eut tant d’éclat et de renom, et en voyant ce que c’est que d’être véritablement aimé. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXV, chapitre 21. · Lire le passage
De Suisse, il écrit à Béranger :
« […] j’aperçois la maison de campagne qu’habita lord Byron et les toits du château de madame de Staël. Où est le barde de Childe-Harold ? où est l’auteur de Corinne ? »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIV, chapitre 10. · Lire le passage
Une copie de ces pages, dans les Papiers de Mme Récamier, nomme sa compagne (à lire avec ses images) ; l’imprimé dira « je » :
« […] je me promène le soir avec Madame Récamier. »
Copie, Papiers Récamier, XXIII, NAF 14089 (l’imprimé : « je me promène le soir »). · Lire le passage dans François-René de Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe : états et fragments manuscrits
Ce qu’il pensait d’elle
« […] je proclame mon enthousiasme pour madame de Staël et pour lord Byron. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XII, chapitre 4. · Lire le passage
« C’est madame de Staël, c’est Benjamin Constant, c’est Lemercier, c’est Bonald, c’est moi enfin, qui les premiers avons parlé cette langue. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XIII, chapitre 11. · Lire le passage
« Les lettres qu’elle écrivit à Mme Récamier sont charmantes ; il n’y a rien dans les ouvrages imprimés de Mme de Staël qui approche du naturel, de l’éloquence de ces lettres, où l’imagination prête son expression aux sentiments. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 20. · Lire le passage
Gautier conclut que leur amitié ne fut jamais complète :
« Ils diffèrent trop par leur origine, leurs croyances, l’atmosphère où ils vivent. »
Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII.
Divergences entre les sources
Naissance : 1766 (Larousse, sans le jour) ; 22 avril selon Wikidata. Mariage avec Rocca : 1810 (Larousse), 1811 (Lenormant). Radiation de 1801 : due à Élisa Bacciochi selon les Mémoires, qui disent seulement que Mme de Staël « s’était occupée » de l’affaire ; Chateaubriand lui écrivait alors qu’il lui en devait « une grande partie ». Coppet, 1805 : visite au château selon les Mémoires ; Céleste ne parle que de la visite de Mme de Staël à Genève et de la promesse non tenue ; son « roman de plus » n’a pu être vérifié (éd. de 1909). Lettre de Lyon : datée « 1er septembre 1803 » dans la Revue des Deux Mondes, elle raconte le voyage de Chamonix, qui est de 1805. Dernier billet à Mme de Duras : « un mot affectueux […] pour Francis » (Mémoires) ; « Bien des compliments de ma part à René » (Sainte-Beuve, d’après l’original du 26 juin 1817). Mort : Chateaubriand n’en fut pas témoin ; il était à Montboissier (lettres à Mme de Duras). Dernières paroles : rapportées par Gautier sans source.
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V, XII, XIII, XV, XVI, XVII, XXI, XXII, XXVIII, XXIX, XXXIV, XXXV et XLII ; livre « Madame Récamier » (version de 1839), chapitres 1, 8, 22 et 23
Paul Gautier, « Chateaubriand et Madame de Staël, d’après les lettres inédites de Chateaubriand », Revue des Deux Mondes, 1903, t. XVII, p. 633-677 (dix-neuf lettres et billets de Chateaubriand, 1801-1817, archives de Broglie) (lire en ligne)
Sainte-Beuve, « Mme de Staël », Revue des Deux Mondes, 1835 (citations de la lettre du Mercure de 1800) (lire en ligne)
Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, t. XIV, 1875, article « Staël-Holstein » (lire en ligne)
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I (lire sur le site · Project Gutenberg)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, 1909 (Cahier rouge, année 1805)
Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910 (billets de 1816 et de juillet 1817)
Yvonne Bezard, Madame de Staël d’après ses portraits, 1938 (iconographie ; protégé par le droit d’auteur, non cité)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XIII, XV, XVII, XXVIII et XXXV


