Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
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Et, dans les Mémoires d'outre-tombe1 : « J'avais écrit dès le 24 mai à M. de Montmorency. II me répondit, et sa lettre finit par ce paragraphe :
1. T. IV, p. 267, ↩
Puisque je suis en train de confidences... n'avez-vous pas pensé le premier qu'il faut soigner, vis-à-vis du ministère anglais, certains effets de la jalousie et de l'humeur qu'il est toujours prêt à concevoir sur les marques directes de faveur auprès du roi, de crédit dans la société? Vous me direz s'il ne vous est pas arrivé d'en remarquer quelques traces.
Par qui les plaintes de mon crédit auprès du roi et de la société étaient-elles arrivées au vicomte de Montmorency ? Je Fin semble d'abord que Chateaubriand éprouve quelque satisfaction à poser la question, et done en même temps à constater le fait de cette « faveur » et de ce « crédit ». Et quand lui-même, à la question qu'il vient de poser, répond « je l'ignore », il se trompe de mot très volontairement; au lieu du verbe « e l'ignore », c'est « je l'oublie », ou plutôt « je veux l'oublier, » qu'il devait écrire. Mme Récamier montrait les lettres de Chateaubriand au moins à Adrien de Laval; ce qu'il y avait lieu d'en retenir, Adrien s'empressait de le répéter à son cousin, le ministre des Affaires étrangères. Ainsi s'explique l'allusion de Mathieu, relative aux « jalousies diplomatiques ».
Et encore, comment Adrien était-il en mesure de faire allusion au rendez-vous (1822) de Chateaubriand et de Mme Récamier dans la forêt de Chantilly? - rendez-vous dont Mme Lenormant prit soin d'effacer toute trace, - presque, - dans les Souvenirs, mais qui a reparu dans les textes pris sur les originaux et publiés par M. Herriot ; - comment? sinon parce qu'il avait surpris ce pelit secret dans la correspondance de Chateaubriand.
Une lettre d'Adrien à Juliette, datée de « Parme 20 septembre 1822 », porte ceci : « Vous faites sûrement quelques courses à la ville pour y voir l'homme de la forêt de Chantilly. Si je ne me trompe, vous reconnaîtrez son nom à cette désignation romantique. » Et encore : « Que je suis donc avide de connaitre les dispositions plus ou moins bienveillantes, ambitieuses, conciliantes, ou hostiles de votre correspondant, M. Lemoine, appelons-le toujours de ce nom, celui de son confident, si ma mémoire ne m'égare ! » M. Lemoine, autre allusion aux lettres de l'ambassadeur à Londres.
Aussi Chateaubriand avait-il le droit de se plaindre à son indiscrète amie :
« Au nom du ciel, gardez-vous d'Adrien. Le mal que cet homme m'a fait est incalculable. C'est lui qui a nourri la jalousie secrète de Mathieu et les emportements de Mme de Duras].
A propos des « emportements » de Mme de Duras, et pour indiquer la nuance des rapports de Chateaubriand avec l'une et avec l'autre, je remarque que, si Mme Récamier fut aimée avec passion par Chateaubriand, aimée pour elle-même, à une certaine date (1818-1819), son triomphe aura été de courte durée, et que d'ailleurs il ne fut jamais absolu; car le jaloux tourment qu'elle se trouva infliger à la chère sœur, la belle Juliette ne tarda guère à l'éprouver à son tour, puisqu'en 1821, Chateaubriand, ambassadeur à Berlin, répondait à des reproches, qui n'étaient sans doute pas les premiers, et qui, cette fois, visaient la duchesse de Cumberland :
Qui vous a donc rendue si malheureuse? Vous ne voulez pas me le dire. Serait-ce quelque propos, quelque histoire? Moquez-vous-en.
Et de Londres :