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L'Enchanteur 1768—1848

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras

Les chateaux de Duras et de Rauzan

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 4 min de lecture · p. 535–537 · chapitre 505 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Les chateaux de Duras et de Rauzan2

2. Ci-dessus, p. 448. ↩

Le château de Duras est situé sur le bord du Drot, dans le département du Lot-et-Garonne. C'est un immense parallélogramme, long de cent mètres environ et large de trente, ayant aux angles des tours rondes, et une autre tour de même forme sur chacun des grands côtés. Ces tours ont tous les caractères de celles du commencement du xIve siècle.

La tour qui a conservé, seule, son ancienne élévation, a trois étages surmontés d'une terrasse; son escalier change de direction à chaque étage. Il manque un étage à toutes les autres tours. Toutes sont ou ont été voûtées, soit en berceau ogival, soit par des voûtes d'arêtes. Les unes sont intérieurement circulaires, les autres octogones.

Le château a été presque entièrement remanié au xvne siècle. Alors on a refait tous les appartements et une galerie sur consoles qui fait tout le tour extérieur du château au niveau des cours. A la même époque, on fit, sous une des cours, des caves et des cuisines très belles, et qu'on ne manque pas de faire visiter. Le château est isolé du plateau, sur lequel s'étend la ville, par une coupure, et de la pointe du promontoire, où est une belle terrasse, par une autre coupure. Cette terrasse doit remplacer la forteresse primitive. Sur les flancs du château s'étendent deux autres terrasses au niveau du fond des coupures ; elles sont fort larges au sud-ouest, et ne devaient servir de jardin qu'au nord-est, ou se trouve une vallée profonde. Primitivement, il devait y avoir deux autres tours ; les soubassements de l'une d'elles paraissent au nord-est.

Près d'une des coupures est une autre grande construction avec deux tours engagées.

Autour du château, qui était un des plus considérables du midi de la France, s'étendait, jusque sur le bord du Drot, un immense parc où l'on conservait toute sorte de gibier.

En 1337, le seigneur de Rauzan s'étant distingué dans la guerre qu'edouard soutenait contre le roi de France, fut loué par son souverain, le roi d'Angleterre. Celui-ci cependant, en 1341, révoqua la concession qu'il lui avait faite des châteaux de Rauzan et de Pujols, pour les rendre à Guillaume-Raimond de Durfort, au préjudice duquel ils lui avaient été concédés... Les Durfort, seigneurs de Duras, de Blanquefort et de Villandraut, conservèrent la seigneurie de Rauzan jusqu'en 1793.

En 1819, M. Louis-Henri de Chastellux épousa Claire-Philippine-Benjamine de Durfort-Duras, seconde fille d'Amédée-Bretagne-Malo de Durfort-Duras et de Mue Claire de Coëtnempren de Kersaint. A l'occasion de ce mariage, le roi Louis XVIII créa M. de Chastellux duc de Rauzan, l'autorisant à écarteler ses armes de celles des Durfort-Duras.

La seigneurie de Rauzan était une des plus considérables de la Guienne, et le château, un des plus forts de cette province; c'est maintenant la plus belle ruine de l'arrondissement de Libourne, et son donjon peut aller de pair avec ce que les constructeurs du moyen âge nous ont laissé de plus imposant.

Le château de Rauzan est construit sur un petit promontoire qui s'avance dans un vallon, au fond duquel coule le ruisseau de Lavade. Sa forme est celle d'un polygone ovale, très irrégulier, précédé d'une basse-cour qui paraît avoir été à peu près carrée, isolée du plateau par un large fossé dans lequel on a depuis construit des maisons. La basse-cour est séparée par un second fossé semi-circulaire et taillé dans le roc d'une bastille également semi-circulaire. Une profonde coupure, dont le fond est au niveau d'une terrasse ou de lices qui font le tour du pied des remparts de l'est à l'ouest, en passant par le nord, sépare la bastille du château. Un talus assez raide et fort élevé descend de ces lices jusqu'au fond du vallon, et rendait inattaquable ce côte de la forteresse, d'autant mieux qu'au sommet du talus devait, suivant l'usage, s'élever un vallum garni de pallissades ou d'un mur crénelé.

Abstraction faite des constructions - qui ne paraissent pas antérieures au commencement du xiV° siècle, - la forme de ce plan est fort ancienne; le promontoire, facile à isoler au moyen d'une simple coupure dans le roc, a dû attirer l'attention à une époque fort reculée. Plus tard, lorsqu'on a voulu donner plus d'importance au château, on a creusé un second fossé destiné à isoler un poste avancé en avant de la porte. Enfin, et peut-être en même temps, on a établi la basse-cour carrée, qui pouvait arrêter longtemps les assaillants du seul côté par où le château était accessible.

La Guienne militaire, pendant la domination anglaise,

par Léo Drouyn.

Table des gravures

LA DUCHESSE DE DURAS Frontispice.