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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Duras → Rosalie de Constant, 29 décembre [1824]

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Duras → Rosalie de Constant, 29 décembre [1824]

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 458 · chapitre 398 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

29 décembre [1824].

J'attends depuis un mois une occasion pour vous envoyer ce petit volume que j'ai fait venir pour vous d'Angleterre. Je suis sûre qu'il vous plaira. Vous y trouverez cette douce philosophie que vous voudriez bien avoir, car ne me croyez pas la dupe de cet étalage de patience et de résignation que vous me faites dans vos lettres. Chère Rosalie, les âmes passionnées ne changent point leur nature, et quand on a bien travaillé sur soi-même, on arrive à faire semblant d'être raisonnable, voilà tout. On n'en est pas plus heureux. Je vois que vous êtes souffrante et j'en suis tourmentée. Donnez-moi de vos nouvelles. Vos lettres me font plaisir et bien.

Je suis un peu mieux de ma santé depuis quelque temps, mais c'est un mieux auquel je ne puis me fier, car je ne suis pas huit Jours sans que mes anciens maux me reviennent comme m'avertir qu'ils sont toujours là. Mme d'Arlens est bien bonne ; j'ai vu que Félicie avait fait beaucoup de train pour elle, mais, ma chère Rosalie, rien n'est changé, rien ne peut changer. Oui, j'aurais voulu que votre cousine vit davantage ma chère Clara. Celle-là est un ange de bonté et de sincérité, tout est action chez elle, et rien n'est phrases. Elle fait mieux que dire qu'elle aime, elle le prouve, et tout est simple pour elle, ses affections comme son devoir. Mais la nature crée les caractères. J'accuse moins celle qui m'a fait tant de mal de ce qu'elle est que de ce qu'elle a voulu devenir, ou plutôt je m'accuse moi-même de l'avoir mariée à quinze ans, de l'avoir jetée dans une famille de gens factices et égoïstes qui ont travaillé un caractère que la nature avait créé simple ; on a faussé son esprit pour changer son caractère. Quelquefois je retrouve quelques traits de ce qu'elle était dans son enfance, avant son mariage, et ils me font mal comme si je voyais apparaître l'ombre de ma fille que j'aurais perdue, et c'est'bien la même chose. Quand on ne s'entend plus, n'est-on pas mort l'un pour l'autre ? Ne parlons plus de cela. J'écarte ces pensées. Je veux au contraire appeler celle de votre voyage ici. Je ne veux pas que ce soit une illusion. Familiarisez-vous avec elle, chère Rosalie. Cet hiver et au printemps nous exécuterons ce bon projet. Adieu. Parlez de moi à Me d'Arlens. Je vous recommande de lire la Campagne de Russie de M. de Ségur1. Il y a mille défauts, mais qu'importe, c'est admirable.

1. Philippe-Paul, comte de Ségur, 4 novembre 1780 - 25 février 1873. ↩