Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 2 novembre [1827], Nice
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Nice, 2 novembre [1827].
J'apprends par votre lettre que vous avez été malade. C'est à vous, très chère, que cet air de Nice ferait du bien, à votre pauvre poitrine. Il faudra que nous passions ensemble ici l'hiver prochain. Donnez-moi de vos nouvelles. Les miennes sont tristes. Je ne fais aucun progrès en bien ; j'en fais de très lents en mal.
Clara est arrivée avec ses trois enfans. Cela m'a agitée. Sa sœur est partie, elle a plus de calme dans le caractère et cela me faisait du bien. Je suis poursuivie aussi du chagrin de leur imposer de tels sacrifices, de leur faire mener une vie si ennuyeuse. Je finirai par vouloir rester entièrement seule. Je ne puis souffrir de voir personne. Chaque jour je deviens plus triste et plus insociable. Je vous ai écrit, il y a peut-être quinze jours. Je suis découragée d'écrire, comme de tout le reste. J'ai eu quelques jours de mieux pour mon estomac, mais ma tête est pis que jamais. Ce temps me fatigue; je ne sais si l'air me convient, je n'ai vu que des pluies et des tempêtes ; depuis deux jours seulement il fait beau.
Clara n'est pas si bien que j'espérais de ses caux ; les enfants ont été malades à Paris; ils sont pâles et changés, tout cela est fatigué de ce grand voyage fait pour moi. Je m'en accuse. Je n'ai pas reçu votre petit paquet; je vais le réclamer à Gênes. Que vous êtes bonne de m'aimer encore et de penser à moi! Je voudrais vous savoir mieux.
N'allez à Saint-Jean que si vous êtes bien. Et la jeune nièce, la prendrez-vous ? Hélas ! vous vous préparerez peut-être des chagrins. C'est ce qui arrive quand on multiplie ses liens. Adieu, écrivez-moi. Je vous embrasse tendrement. Dites mille choses aimables à M. Huber, à ce noble et excellent vieillard. Que je suis aise qu'il vous reste !
Mille choses aussi à Mme de Cottens. Je suis la rivale de M. de Chateaubriand et je conçois tout son goût pour elle.
Chateaubriand, dans les Mémoires d'outre-tombe :
Le dernier billet que j'ai reçu de Mme de Duras fait sentir l'amertume de cette dernière goutte de la vie qu'il nous faudra tous épuiser !