Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras
Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
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En lisant, le 1er janvier 1828, ces souhaits de bonne année formulés par son ami le plus cher, Mme de Duras aura souri et pleuré tout ensemble. Il était done fidèle.
Au fond du cœur humain subsiste, jusqu'à ce qu'il ait cessé de battre, une étincelle d'espoir. Elle pensait :
Si la crise présente pouvait céder aux bons soins comme les précédentes, non moins douloureuses et non moins menaçantes, j'aurais la joie de revoir le cher frère, et de le revoir aux honneurs, peut-être - suprême réparation - aux Affaires étrangères ; peut-être même y serais-je pour quelque chose. Si sincère qu'il fût au moment où il se souhaitait « le repos », je sais bien - le connaissant mieux qu'il ne se connaît lui-même - que l'ambition le possède et l'enlèvera d'un coup d'aile à ses fragiles résolutions de retraite.
Et moi, « je reprendrais le sceptre ? » et, dans le petit cercle, on s'occuperait de littérature et d'arts, comme jadis avec Humboldt, Gérard, Villemain, Cuvier - et au lendemain des nouveaux ministères, « il passerait auprès de moi ses vieux et derniers jours ? »
Un sourire errait sur la pâleur de son visage et la colorait un peu.
Puis, fatiguée de l'effort et tremblante d'émotion, elle laisse retomber sa tête sur l'oreiller ! « Qu'il soit heureux ! Je ne serai plus là pour partager son bonheur. Je ne le reverrai plus ici-bas. Je sens que je m'en vais. » Des larmes coulaient dans le sillon des joues creusées par la maladie. Clara « les essuya doucement sans rien dire » comme elle avait fait en 1819, selon le véridique récit d'Ourika.
Le 15 janvier 1828, Chateaubriand écrivait à Mme de Cottens :
Je suis menacé d'un grand malheur : Mme de Duras se meurt à Nice. Vous avez vu passer à Lausanne cette pauvre femme, comme vous avez vu passer Me de Custine. J'étais destiné à voir revenir deux cercueils de cette terre où vous respirez et où votre bonté pour moi promettait des consolations à ma vie. Au moment où je vous écris, j'ai envoyé savoir des nouvelles de mon admirable et ancienne amie, et peut-être vous apprendrai-je, avant de fermer cette lettre, l'arrêt fatal.
Le 16 janvier 1828, au lendemain de cette lettre, Me de Duras achevait de mourir.
Aussi bien que celles dont a parlé Sainte-Beuve, les lettres de Me de Duras à Rosalie « ont un caractère d'élévation et de délicatesse » avec ce je ne sais quoi de moins surveillé et de moins tendu que suggère l'amitié, la simple amitié. Quand on écrit à une Mme Swetchine, on s'efforce, on rivalise, on veut aller de pair; « on se compose un peu », en effet, mais pas dans le sens que voulait le critique ; il serait plus exact de dire que l'on compose un peu, et d'ailleurs le mieux du monde. Tandis que, avec une Rosalie de Constant, on s'épanche tout bonnement et sans façon ; on ne craint pas de se découvrir et de se livrer ; on s'abandonne. L'esprit n'est plus en cause tant que cela : le cœur s'ouvre, et tout grand ; l'âme paraît, toute l'âme, noble et affectueuse, avec ses courtes joies et ses tristesses infinies. Dans l'apparence, la vie de Me de Duras fut brillante et couronnée de tout ce qu'on appellerait bonheur. Et dans le vrai, ce fut une vie de souffrances « atroces » et de « chagrins déchirants ».
La lecture de cette correspondance s'achève sur des larmes filiales et des pages de deuil.