Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 30 octobre 1825, Saint-Germain
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Saint-Germain, 30 octobre 1825.
Voici Edouard, lisez-le avec indulgence ; mais je n'ai pas besoin de vous le demander ; je vous fais une autre recommandation, c'est de ne le prêter qu'à des personnes que vous serez sûre qui ne le prêteront point à d'autres. Vous avez vu la peine que j'ai eue à me décider à tirer ces 50 exemplaires. Je ne crains rien tant qu'une édition contrefaite et une publicité contre mon gré.
Le voilà passé, cet été où j'espérais vous voir. Je le finis bien tristement avec une violente attaque de rhumatisme qui me cause des douleurs au sein, et ces douleurs, malgré tout ce que je puis me dire, m'inquiètent beaucoup. Elles me préoccupent et je suis restée seule ici pour retarder d'être à Paris, obligée de voir du monde avec cette inquiétude et cette douleur. Je ne demanderais pas de guérir, mais seulement de choisir ma souffrance. Il y en a de bien plus vives qui du moins laissent les facultés libres.
Vous voyez que cette lettre est écrite en deux fois. Je l'avais commencée avant que M. d'Arlens quittât Saint-Germain, il y a dix jours, et depuis je n'ai pu écrire une ligne. Je me force aujourd'hui pour qu'Édouard parte et que vous l'ayez. Je regrette la campagne. Je jouis de ces derniers jours si beaux, si tristes. Cette forêt ne me lasse pas. C'est un délice de s'y promener par ces grands vents d'orage ; la tempête est au-dessus de vous, on fais les arbres de la fort sont toujours la et font leur devoir, et
les hommes vous abandonnent.
Adieu. Ecrivez-moi et pardonnez cette courte lettre à ma soutfrance.