Livre VII — Le salon et les amis de Mme de Duras · Livre VII — Le salon et les amis de Mme de Duras (suite)
M. de Humboldt → Mme de Duras
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Je detesterais mille fois plus encore que je ne le fais deja les tribunaux spéciaux et les inquisitions politiques si les dissensions d'opinions pouvaient m'enlever les droits à votre bienveillance. Je fuirais aussi votre maison si je ne m'y croyais que toléré. Vous savez combien les calvinistes, qui ont brûlé Servet et qui ont été brûlés à leur tour, craignent la tolérance. Mais ce que j'ai toujours admiré en vous et dans une autre personne que nous aimons et que nous admirons également [Chateaubriand], c'est que, connaissant mes erreurs, vous avez toujours montré tous deux quelque bonté pour moi, parce que vous me supposez de la bonne foi, de la franchise, du dévouement pour des amis lorsqu'ils ne sont pas puissans, et parce que, dans l'élévation de vos sentimens, ennuyé parfois de la monotonie de la société et du paysage, vous souffrez qu'on s'éloigne un moment des doctrines reçues. J'aurai le bonheur de vous offrir ce soir l'hommage de ces sentimens de reconnaissance et d'amitié que je vous dois à jamais. L'idée ne m'est pas venue que nous nous étions quittés un peu fâchés ; le tort en serait entièrement à moi. J'avais à défendre mes propres opinions et celles de mon frère, si différentes (vous le savez) des opinions du parti anarchique. La position des choses est très délicate à Berlin, j'ai des motifs à les connaître particulièrement parce que, très anciennement attaché à M. de Skandenberg, je sers d'intermédiaire entre deux puissances ennemies, ce ministre et mon frère. Cette circonstance vous expliquera pourquoi je me tiens plus retiré à mesure que les événemens deviennent plus importans, pourquoi je devrais éviter surtout de dire mon opinion sur ce qui s'en fait devant une personne peu bienveillante pour mon frère et pour moi, devant M. P. de B. J'aime l'esprit de ce ministre ; j'ai le plus grand plaisir de le rencontrer chez vous ; mais, comme il a des moyens d'action que je ne connais pas, je dois me retrancher avec lui dans le cercle étroit des arts, de la littérature et de la médisance. J'ai ajouté ce dernier mot pour me peindre tel que le veut la belle et spirituelle duchesse de Rauzan. Si elle savait un peu d'allemand, elle pourrait vous déchiffrer mon billet.