Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Talleyrand → Mme de Duras, 23 janvier 1826, Hyères
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Hyères, 23 janvier 1826.
J'ai quitté Marseille avec regret, je m'y suis plu. Il n'a fallu rien moins que deux pouces de neige dans les rues pour m'en faire partir. A Hyères, nous avons trouvé le printemps, des fleurs de toutes les espèces, des orangers en pleine terre, et pas un journal. On n'y sait que de ce matin à quel point les soldats russes sont délicats sur la légitimité. Autrefois, à Rome, des combats de gladiateurs honoraient les funérailles des grands personnages ; mais lorsque les légions se battaient entre elles, c'était alors le temps des funérailles de l'empire romain lui-même. Dans mes vieilles idées politiques, je consens à ce que l'empire russe en soit là. Au surplus j'espère que ses affaires vont être un peu moins les nôtres.
On ne parle que des retards de courriers, ils sont à présent huit jours de plus en route; cela ne rend guère tentant de reprendre le chemin de Paris par le milieu de notre France; je croirais bien que, de Nice, nous nous déciderons à revenir par Turin. S'il vous prenait le bon vouloir de m'écrire, envoyez vos lettres chez moi, à Paris, où l'on saura à peu près exactement ma marche.
Nice est plein d'Anglais. Ici il n'y en a point, on vient tout simplement quand on a mal à la poitrine ou s'y guérir ou y vivre deux ou trois mois de plus. Adieu, agréez avec bonté et amitié tous mes hommages.