Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Le duc de Doudeauville → Mme de Duras, 8 novembre [1825]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Le 8 novembre [1825].
Nous avons lu déjà la moitié d'un volume de votre charmant ouvrage. Toutes les générations en sont enchantées, car tout s'y trouve, sensibilité, délicatesse, grâce, profondeur même, et tout a été apprécié par nous. M. Valery a parfois été notre lecteur, et sa manière un peu moins entraînante que la vôtre nous a parfois aussi contrariés; mais si son ton lent, pesant et monotone n'est pas le plus propre à vous faire admirer, il vous admire de si bonne foi lui-même, et Édouard a si peu besoin du prestige de la lecture, que nous lui pardonnons aisément. Elle ajoutera vraiment encore aux moments agréables que je passe ici et qui me donnent une nouvelle preuve que je suis bien plus patriarche que ministre, et bien plus né pour les jouissances du cœur ou de l'esprit que pour celles de l'ambition... M. Valery m'a parlé de quelques pages du second volume : nous nous en tirerons comme nous pourrons, mais comme nous ne sommes qu'en famille, et en famille qui n'exagère rien, pas même la vertu, cela ne sera pas difficile.
Votre Edouard est si attachant et nous a si attachés que, malgré maintes ennuyeuses visites et quelques affaires, car elles me suivent et me poursuivent partout dans d'imposants portefeuilles qu'on m'envoie chaquejour, les deux intéressants volumes ont été achevés dans la journée. C'est le meilleur éloge qu'on puisse faire d'eux et peut-être de nous. Le grand Valery a heureusement enjambé quelques petits passages et habilement sauté de certains cabinets dans l'église de la Visitation. La mort noble d'Edouard nous a bien touchés, l'article du journal sur Mme de Nevers nous a consternés. Vos peintures de tout genre, nommément celles d'un temps que votre âge vous rend étrangères, nous ont bien frappés, et le style élégant, spirituel et simple pourtant, nous a paru très remarquable. Il est digne de l'auteur; et nous, comme vous le voyez, nous ne sommes pas indignes de l'ouvrage et de l'envoi.