Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de la Tour du Pin → Mme de Duras, 16 avril 1810, Bruxelles

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion · Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)

Mme de la Tour du Pin → Mme de Duras, 16 avril 1810, Bruxelles

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 4 min de lecture · p. 71–72 · chapitre 26 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Bruxelles, ce 16 avril 1810.

Ma chère amie, quelle longue et bonne lettre j'ai reçue de vous par Me T'Kint (ou devant être par elle)! Mais elle l'a envoyée dans une boîte de dentelle : celle-ci vous parviendra par notre maire qui est un très bon homme, qui fait très bien son affaire, qui est simple, bon enfant et qui nous convient parfaitement ainsi que sa femme qui est une charmante personne, et très bonne, une petite mère de famille qui serait respectable si son jeune visage et son air ingénu ne repoussait ce sentiment qu'on n'inspire guère dans a jeunesse. Mais, a propos de jeunesse, que vous me faites de bien, ma chère Glaire, de me parler comme vous faites de ce goût qu m'inquiétait tant ! Maintenant que vous m'avez rassurée et que je crois parfaitement à votre véracité, je n'en parlerai plus.

Vous aurez reçu un mot de moi par Mme de Belloi, ma très chère, qui vous aura prouvé à quel point j'ai été tourmentée de ce que j'avais trouvé dans le journal concernant Amédée. Dieu veuille que vous ne vous soyez pas rassurée trop tôt; mais quelle atrocité que cette petite lettre ; et comment un rédacteur met-il une chose personnelle dans un journal d'après un billet anonyme? J'ai admiré votre promptitude et votre présence d'esprit, et je ne suis pas la seule qui vous admire, ma chère Claire. Mon pauvre cher, que vous aimez, me mande qu'il vous aime tous les jours davantage, et j'envie bien son bon génie qui fait que vous êtes à Paris dans ce moment. Je veux au moins que vous admiriez à votre tour ma raison de ne pas aller à Paris aussi, quand il s'en présente tous les jours des occasions. Croyez-vous que j'en aurais demain deux : Mme d'Ursel et Mme Malouet, qui m'emmèneraient si je voulais ? Mais ne pensons pas à cela, et parlons plutôt du sacrifice que voulez faire d'Ussé : je le trouverais bien placé entre les mains d'une personne de goût qui achèterait tout le terrain jusqu'à la Loire et qui ferait là des choses ravissantes. Et vous, ma chère, qui n'avez que deux enfants, il faut arranger votre fortune de manière à avoir deux terres, chacune de la valeur de ce que vous voudrez donner en mariage à chacune de vos filles : vous arrangerez l'une après l'autre ces deux habitations, et quand vous les leur aurez données en les mariant, vous resterez à Paris, et vous viendrez à la campagne chez moi, si je ne suis pas morte, ou chez vos filles ; mais votre établissement sera à Paris : nous logerons l'une près de l'autre, et nous ferons nos vieux ragots ensemble. Cela n'est-il pas bien arrangé ? Vous devriez charger mon mari de reparler d'Ussé à l'Impératrice Joséphine. Il y a été, il peut en dire la vérité, c'est qu'il n'y a pas de plus beau lieu au monde, ni plus susceptible d'être embelli, si on veut y dépenser de l'argent.

Que dit-on au n° 85 des nouveaux chambellans? Je parie que MHe J... meurt d'envie d'être dame du palais ; mais je ne dis pas de ces choses-là. Mon intérieur avec des précautions est assez calme, je le voudrais quelquefois moins nombreux et je suis absolument comme vous sur les gens qui ne m'apprennent rien de nouveau, Humbert encore pis, car il prend son chapeau et il s'en va; et il n'y a qu'avec ceux que l'on aime beaucoup qu'on peut aimer à rabâcher. J'entendrais et je lirais avec plaisir une lettre de vous tous les jours, où vous me diriez tout ce que vous avez dit et pensé ; mais je sais absolument par cœur des personnes que je vois tous les jours. Il n'y a plus rien de nouveau sous le soleil. Je vous prie, ma chère, de sermonner le pauvre cher quand il le méritera; je vous cède tous mes droits de gronderie sur lui. Faites-le marcher, faites-le courir, exigez qu'il voie et revoie son chirurgien, M. Dupuytren, pour lequel voici une lettre que je vous prie de lui envoyer par un commissionnaire; car je lui en ai écrit une qui a été perdue.

Je choisirai votre voile, ma chère, quand il en sera temps ; en attendant, je vous demande deux bonnets, toques ou chapeaux habillés, auxquels je ne veux mettre que 36 francs. Puis, entendez-vous ? je ne les veux pas verts, je ne les veux pas gris, je ne les veux pas roses, je voudrais qu'il y eut du rouge dans l'un et du bleu dans l'autre. Voilà qui est dit. Est-ce vous qui m'avez envoyé une charmante petite boîte avec une chronologie qui fait mon bonheur ? Et un petit cachet ? Je me suis approprié tout cela. Je vous demande instamment un dessin ou un portrait de vous, ma chère; ne me refusez pas cela, je vous en conjure. Adieu, chère amie, j'aurais cent mille autres choses à vous dire, mais je ne suis pas en train. J'ai mal à la tête, et j'ai ce soir 300 personnes chez moi qui m'ennuient à mort, mais il n'y paraîtra pas. Je serai dress eup in smiles.