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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)

Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand

Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 4 min de lecture · p. 174–175 · chapitre 133 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

En 1823, la jalousie sera portée au paroxysme, l'humiliation aura des profondeurs d'abîme ; et, pour s'y soustraire, Mme Récamier s'enfuira brusquement en Italie. Et lorsque Chateaubriand sera chassé du ministère « comme s il avait volé la montre du roii et que Adrien de Laval, dans une lettre à Mme Récamier (9 juillet 1824), l'appellera « l'homme malheureux », quand il ajoutera : « Que peut-il faire, ruiné, abîmé de dettes comme il l'est » ; quand Mathieu écrira à la même (août 1824) que « si elle avait été ici, elle l'aurait [Chateaubriand] peut-être apaisé et lui aurait peut-être persuadé d'accepter l'ambassade de Naples »; la blessure d'amour-propre sera telle, chez Mm° Récamier, qu'elle prolongera son séjour à l'étranger et abandonnera le ministre disgracié à son malheureux sort ; - laissant à « la chère sœur » la tâche de le modérer dans ses colères et dans ses vengeances, de tenter une réconciliation avec le Roi et Villèle, de solliciter pour lui tantôt une ambassade, tantôt le titre d'historiographe de France, et l'on sait qu'à ce labeur ingrat, Mme de Duras ne se déroba ni ne s'épargna.

La passion de Chateaubriand pour Mm° Récamier ne fut donc pas exclusive. Or, tandis que l'amitié vouée à Mme de Duras par Chateaubriand continua d'être, sans aucune interruption, ce qu'elle avait été dès l'origine, par consentement mutuel, une amitié de frère et de sœur, sa passion pour Me Récamier, si passion il y eut, descendit vite à la simple amitié, et même, tombée à ce degré, subit une longue et totale éclipse.

Comme en 1808, quand il rencontra Me de Duras et se lia avec elle, il aimait d'amour Mme de Noailles, au vu et au su de Mme de Duras; de même, en 1819-1823, il aima plus ou moins passionnément Mme Récamier, sans cesser, pour cela, d'aimer en frère la chère sœur.

Jamais, à aucune époque, il ne se brouilla avec elle. Et malgré ses inconstances de cœur, ses inégalités de caractère, ses brusques sautes d'humeur, malgré ses incroyables duretés de paroles, malgré « ses injures », dont la correspondance va nous montrer quelques échantillons réussis, Chateaubriand fut toujours, pour Mme de Duras, un frère aimé, adoré, servi, surveille, admoneste, vitupéré, et d'autant plus aimé qu'il était plus coupable.

voulait qu'elle respectât son indépendance et qu'elle cessât de le gronder ; ce qu'il ne risquait pas d'obtenir de sa sœur dévouée. Lui-même n'abandonna jamais celle qu'il savait déterminée à ne jamais l'abandonner. Belle et touchante amitié ! Et si originale ! Elle l'emporte sur les autres attachements de l'orageux René, en services demandés par lui et par elle rendus, en sincérité, sécurité, continuité, sans autre rupture que celle de la mort, malgré les fréquents écarts de son caractère, à lui, et malgré l'absolue franchise de « l'injuste Claire » - comme il disait en ses heures mauvaises.

On a prétendu que, depuis 1821, les belles déclarations de Chateaubriand s'envolent à l'adresse de Me Récamier, et que sa correspondance avec Mme de Duras « perd de plus en plus son premier caractère. Toutes les lettres politiques qu'il adresse à la chère sœur ne valent pas un de ces tendres billets qu'il écrit à celle qui remplit sa vie.

Après les remarques ci-dessus, j'ai le droit de dire qu'il y a, dans ces lignes, presque autant d'erreurs ou de fausses nuances que de mots.

Les lettres de Chateaubriand à la chère sœur gardent absolument leur premier caractère d'affection, de franchise, d'humeur grondante, d'appel au secours, de sympathie douloureuse aux jours des longues épreuves, et cela jusqu'à la fin. Le sans-gêne de sa correspondance avec Mme de Duras et les « injures » qu'il lui adresse dans ses accès de mauvaise humeur prouvent mieux l'amitié, la grande et invariable amitié, que toutes les galanteries dont se fleurissent et se parfument ses lettres à Me Récamier. De ces injures, Mme de Duras était en quelque manière, heureuse ; car elle ne s'y trompait pas : c'était encore l'amitié, confiante, pleine de sécurité, et qui ne craint pas les suites. « Enfin vous étiez là. Et je voudrais encore recevoir vos injures à ce prix. Vous voilà donc parti. » Est-ce qu'il se serait permis ces injures avec Mme Récamier ? Il n'était pas assez libre avec elle, ni assez sûr d'être pardonné, ou plutôt excusé.

Mme Récamier n'est plus la beauté dans son frais épanouissement ; mais elle est toujours la grâce et le charme ; elle sera le repos, la paix, la douceur, le désennui, le refuge, « l'habitude », l'attitude dernière de Chateaubriand. « Il retrouvera le calme auprès d'une femme, de qui la sérénité s'étendait autour d'elle, sans que cette sérénité eût rien de trop égal», - sérénité que n'avaient ni Mme de Duras, ni Me de Chateaubriand.

Toujours est-il qu'elle ne réussit à a remplir la vie de René s ni en 1821, ni en 1822, puisqu'elle s'en plaignit avec amertume, ni en 1823, puisqu'elle s'exila pour ne pas assister au triomphe d'une rivale; et moins encore, en 1825, ni plus tard, puisque, après son voyage en Italie, elle avoue au prince Auguste de Prusse qu'elle « travaille à convertir M. de Chateaubriand ».

A quoi le Prince répondait de Berlin :