Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 10 septembre
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Ce 10 septembre.
En effet, j'ai été obligée d'interrompre. Je suis un peu mieux depuis deux jours. On m'ordonne bien d'aller dans le midi, - mais je n'y ai pas foi, et je ne puis me résoudre à quitter tous mes amis, à déranger et désoler ma fille pour un bien incertain. Ce qui serait un bien réel serait de vous voir, mais vous verriez l'ombre de cette Claire que vous avez aimée, l'ombre au moral comme au physique. Ne vaut-il pas mieux de rester avec moi du temps passé? Oui, sans doute, et c'est une pensée douce que celle de l'impression que vous avez conservée de ce que j'étais, c'est vivre encore.
Je n'ai point votre petit vase. M. de Chateaubriand a encore oublié de me l'apporter hier, il oublie tout et surtout ceux qu'il aime, le tien n'est rien pour lui. Je l'ai vu deux fois, depuis son retour dont hier était une; je lui ai dit que vous en seriez scandalisée. Il faut l'aimer quand même, mais [ne] jamais compter sur ce qui exige un sacrifice. A Paris il vient tous les jours, je suis sa promenade et son habitude; ici il faut une journée, et chaque jour il dit: demain. Voilà l'homme ; et voilà ce qui fait que toutes les personnes qui l'ont aimé ont été malheureuses, quoiqu'il ait de l'amitié et surtout beaucoup de bonté.
Adieu, chère Rosalie, je suis un peu mieux, je crains que cela ne dure pas, mais jouissons du présent et écrivez-moi. Je n'irais pas dans le midi si j'étais sûre de rester seulement comme je suis depuis deux jours. Je vous dirais : venez jusqu'ici, - montrez à M. de Chateaubriand ce que c'est que l'amitié, mais hélas! je ne puis rien demander ni compter sur rien.