Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 6 septembre [1826], Saint-Germain
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Saint-Germain, 6 septembre [1826].
J'ai été si malade que je n'ai pu écrire depuis trois semaines1 ni vous remercier de cette jolie fleur, encore moins du vase que M. de Chat. avait si bien oublié qu'il m'en a parlé avant-hier pour la première fois et que je ne l'ai pas encore en ma possession. Les Génies ont de ces oublis. Heureux quand ils ne s'étendent qu'aux objets matériels ! Il parle de vous avec de grands éloges et vous trouve tout ce que vous êtes, bonne, spirituelle, indulgente. Il me dit cela pour me faire le plaisir d'être son écho. Du reste je ne l'ai guère vu, il est à Paris dans sa nouvelle maison, qu'il arrange, et il travaille, à ce qu'il dit. Le public en jouit plus que ses amis. D'ailleurs de quoi jouir dans l'état où je suis ? Je souriais de votre plan de vie. Hélas ! chère amie, je ne puis ni lire ni entendre lire ; je ne puis tenir ni un pinceau ni une aiguille. la conversation me fatigue, et, si elle s'anime, je suis obligée de sortir de la chambre. Je suis atteinte dans tout ce qui me plaît le plus, dans toutes mes occupations et tous mes plaisirs ; je suis comme si j'avais le cerveau paralysé; me fixer à rien pour cinq minutes me donne une crise et je mettrai cinq ou six jours à vous écrire cette lettre.
1. « Trois semaines » en arrière, ce serait le 16 ou le 17 août qu'elle aurait été frappée de paralysie. ↩