Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 23 mai [1826], Saint-Germain
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Saint-Germain, 23 mai [1826].
Chère Rosalie, c'est à vous que j'écrirai mon petit mot aujourd'hui. J'ai eu tort de ne pas vous prévenir sur les défauts de M. de Chat. C'est un sauvage et le plus insociable des sauvages. Quand il était ministre ou ambassadeur, on ne pouvait parvenir à lui faire faire une visite; ne cherchez donc pas à le mettre dans le monde. Il est plus touché que je ne puis vous le dire de vos bons soins ; c'est vous qu'il aime à voir et la confiance viendra. Je suis plus mal que jamais. Je vous écris après une nuit sans sommeil ; - je n'en puis plus. J'ai, à présent, des étouffements. Cela est nouveau ; jusqu'ici ma poitrine était libre.
Vous me demandez si j'aime donc tant la vie. Non sans doute, mais la mort m'épouvante. Du reste, il faut me familiariser avec elle, car je la sens approcher à grands pas, elle ne rechargera point mon fagot.
Adieu. Je ne puis vous parler de rien. Je suis morte à moitié. Chère Rosalie, je n'avais pas idée d'un tel supplice.