Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 1er août [1824], Paris
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Paris, 1er août [1824].
Je suis désolée que M. d'Arlens parte si vite et que je ne puisse pas vous envoyer par lui ce manuscrit que je voulais vous prêter, mais, en vérité, il n'y a pas grand mal, et le petit portefeuille qui
devait le contenir et que vous porte M. d'Arlens vaut mieux que tous mes chiffons. Mettez-y ce que vous écrivez et qu'il vous fasse penser à moi.
Revenez donc à Paris au mois de septembre avec M. d'Arlens et madame sa mère. L'automne est notre meilleure saison, et c'est celle où Paris vous conviendra mieux parce que vous y verrez peu de monde. On est à la chasse, on est partout, hors à la ville. Mais moi j'y serai sûrement si vous y venez. Faites cet effort, ma chère Rosalie. Il faut renouveler notre date; ce sera toujours une séparation, mais ce sera quelque chose que de s'être vu nouvellement; la fatigue ne doit pas vous arrêter; vous ne verrez que ce que vous voudrez voir. Paris est le pays de la liberté; personne ne vous forcera à rien ; enfin il faut venir, et si vous vous y décidez, mandez-le moi bien vite pour que j'en jouisse d'avance.
Je vous ai écrit l'autre jour ; j'ai été fort souffrante d'un rhume, mais cela va mieux. J'ai su que votre cousin était revenu par un jeune M. de Polier, que vous connaissez, je crois, - un jeune homme tout à fait aimable et intéressant, mais dont la santé est déplorable, - il se meurt de la poitrine. Quels ravages fait cette affreuse maladie ! M. de Serre vient d'en mourir à Naples1 ; on le regrette. Comment ne pas déplorer un talent et un beau caractère ? Il y en a si peu. Du reste ce n'est pas pour la chose publique qu'il faut regretter M. de Serre ; il eût été brillant dans l'opposition, mais il était trop maîtrisé pour faire jamais un homme d'État. Son talent le menait et souvent où il ne voulait pas aller; mais qu'importe, c'était de la supériorité, c'était de l'esprit, et notre France, jadis si riche, est devenue bien pauvre en ce genre.
1. Mort à Castellamare, 21 juillet 1824. ↩
Mme de Chateaubriand est partie, il y a deux jours, pour Neuchâtel, et son mari la suivra dans quinze jours. Elle y restera l'été, mais je ne crois pas qu'elle aille à Lausanne. C'est une personne qui a de l'esprit et surtout de l'originalité ; elle adore son mari et cela me paraît sa meilleure qualité. Elle ne peut supporter de rester dans un lieu où il a souffert une grande injustice2; elle va respirer dans vos Alpes et j'espère que la paix qu'elle y trouvera calmera ses nerfs et lui fera du bien.
2. La fameuse destitution. ↩
Donnez-moi de vos nouvelles, chère Rosalie, et aimez toujours un peu une personne qui vous est si tendrement attachée.