Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Humboldt → Mme de Duras, [1825]
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Mardi [1825].
Je suis heureusement libre et j'accepterai avec un plaisir bien vif l'aimable invitation pour samedi. Je vais redemander de suite l'Ourika à M. Brongniart, c'est un oubli coupable de sa part de ne pas l'avoir rendue plus tôt. Quant à l'exposition hellenophile, j'ose vous rappeler qu'il faudra bien avoir l'assentiment de l'auteur. M. Gérard est très jaloux de sa réputation d'artiste vis-à-vis d'un public qui paie. Je sais qu'il n'aurait pas voulu qu'Ourika parût à la dernière exposition : peut-être sera-t-il moins difficile pour les Grecs. Toujours faut-il le consentement de l'auteur, même pour un ouvrage qui aurait été commandé et acheté; c'est une pédanterie d'usage, et il faudra surtout s'y conformer vis-à-vis d'un homme de l'importance de M. Gérard. Ses yeux sont toujours bien mal, cependant je pense qu'il n'y a aucun danger. A propos d'Ourika, je viens d'avoir une lettre de la Martinique qui dit : « Nous autres, officiers de la marine royale, nous sommes très mal vus ici à cause des négociations de M. de Recque [?] à Haïti. Le commerce clandestin de chair humaine va à merveille, les colons regardent chaque Français récemment arrivé comme un négrophile et le spirituel et généreux auteur d'Ourika est accusé à chaque instant ici d'avoir rendu intéressante dans son détestable roman une négresse qui n'avait pas même l'avantage d'être une négresse créole. » Cela n'est-il pas assez amusant ? Mille tendres et respectueux hommages.
Je rentre chez moi pour vous écrire ces lignes et pour vous demander en grâce de ne pas croire un mot de ce que je vous ai écrit il y a deux heures, dans une lettre qui, par mégarde, a été jetée à la poste, sur la nécessité de l'assentiment de M. Gérard. Je viens de découvrir que votre tableau est chez M. Gérard qui va vous l'envoyer ce soir ou demain matin. Il est enchanté de votre projet d'exposer Ourika aux Grecs ; il serait heureux de penser que cela vous soit agréable, dit-il. S'il craignait la grande exposition au Louvre, ce n'est que parce qu'il pensait qu'un tableau de si petite dimension serait comme noyé parmi cette innombrable masse de tableaux de genre. L'exposition des Grecs sera moins nombreuse, et Ourika y paraîtra avec éclat. La lettre que je réfute vous dira combien je suis heureux de votre souvenir pour samedi.
(Même mardi).