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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Talleyrand → Mme de Duras, 2 avril [1825]

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Talleyrand → Mme de Duras, 2 avril [1825]

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 3 min de lecture · p. 464–465 · chapitre 408 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

2 avril [1825].

Je mets à vos pieds mes hommages.

Je veux encore combattre la renommée d'un de mes prétendus défauts avant de vous parler du vrai plaisir que je vous ai dû et vous assurer que je ne loue pas, comme on le dit, par habitude, mais seulement avec plus de bonheur qu'un autre, quand ma conscience le veut bien.

J'oserai même encore vous avouer qu'un de mes préjugés me porte à croire que ce grand art d'écrire n'est pas, vraisemblablement, le partage des personnes d'abord à qui la nature a pu justement le refuser quand la fortune leur a donné tant d'autres choses, ensuite de celles qui auraient eu la modestie d'en garder longtemps le secret.

Ainsi, je vous jure que tout ce qu'on m'avait dit m'avait laissé dans l'idée que je serais moins content qu'on ne me le promettait.

J'avais ensuite mis dans ma tête de ne vous lire que quand il me serait de nouveau donné de vous entendre.

Aussi tel a, je vous le jure, été mon premier désir et mon premier besoin, à dater de samedi 6 heures du soir.

Venait cependant encore l'autre fantaisie de recevoir ce bienfait d'une personne auprès de qui je n'avais jamais obtenu un succès proportionné à mon attrait, à mon appréciation de ce qu'elle vaut et à mon dévouement, ce qui, au reste, vu bien des choses, me paraissait plus malheureux qu'injuste.

Cependant je n'ai pas pu attendre l'aimable réponse sur laquelle j'avoueque je comptais, je n'ai pas pu résister dès hier matin (avant les deux bienfaits du billet et de l'ouvrage au désir de vous are

Je serais un grand misérable après tout ce qui précède, si je pouvais dire un mot de plus que ce que je pense.

C'est charmant, j'ai été assez sot pour croire que l'un de vos dons les plus heureux, la supériorité1 d'une conversation qui vaut surtout par le mouvement et par le naturel, était exclusif de cet art auquel je mets tant de prix, dont je suis bien sûr que j'avais le sentiment, dont j'ose même croire que je n'aurais pas toujours été un admirateur stérile, si ma vie n'avait tout dissipé et rien recueilli, enfin de ce qu'on appelle le talent, que ceux qui se croient connaisseurs découvrent avec ravissement à la 2e page.

1. Difficile à déchiffrer : peut-être amabilité ou simplicité. ↩

J'ai donc été ravi, j'ai même eu le plaisir ou le chagrin, moi qui ai la vanité de refaire sans cesse, en lisant, des phrases de mes maîtres, de n'en pas trouver deux à corriger.

Voilà des détails qui sont d'un prix infini pour moi ; l'ensemble, l'idée, le plan, les couleurs d'un tableau qui n'a plus de peintres et dont les peintres, s'il y en avait, n'auraient plus de modèles, tout cela m'a donné deux des heures les plus heureuses de ma vie.

Un homme d'esprit a dit que si l'amour et la galanterie avaient le même ton [ils n'avaient] pas du moins le même accent... Je suis sûr que celle qui n'aura peut-être pas daigné me lire jusqu'au bout, sait bien qu'on en peut dire autant de la louange et des compliments.