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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Duras → Rosalie de Constant, 9 novembre [1824], Paris

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Duras → Rosalie de Constant, 9 novembre [1824], Paris

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 456–457 · chapitre 397 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Paris, 9 novembre [1824].

Une lettre de moi allait vous chercher pendant que je recevais la vôtre. J'ai vu Mme d'Arlens, j'ai parlé de vous avec elle, j'ai parlé de votre santé, de votre disposition. J'ai tâché de mettre cette bonne cousine dans mes intérêts et elle travaillera avec moi cet hiver à vous familiariser avec ce voyage, qui n'a rien de difficile et qui vous fera du bien, et vous verrez alors ces petits ouvrages que vous êtes assez bonne pour désirer. Je ne puis vous les envoyer, je n'en ai point de copie, et, malgré tous vos soins, mille accidents pourraient arriver; ce ne serait pas une grande perte, mais enfin, cela m'inquiéterait. Si cette copie d'Edouard était finie, je vous l'enverrais, mais elle n'avance pas ; je suis trop souffrante pour y travailler, l'application m'est impossible, et quand j'ai mangé le matin un peu de soupe, toute ma matinée se passe dans des angoisses, et si je fixe mon attention sur rien, je suis sûre d'avoir une crampe d'estomac. Je n'ai un peu d'indépendance qu'entre l'heure où je me lève et mon déjeuner et c'est celle où je vous écris. Ce sont des états qu'on ne plaint pas, car on vous voit parlant, marchant comme une autre, et cependant, rien n'empoisonne la vie comme ces continuelles souffrances, ces appels continuels à la résignation et à la patience. Ces vertus s'appliquent à un malheur isolé, mais tous les jours... tous les jours !... Je vous assure que quelquefois je pleure de désespoir, et c'est cette continuelle dépendance, ce mais qui vient à tout! Ne parlons pas de cela. - Je vous envoie les Conversations de lord Byron. Je suis persuadée que ce sont des fragments de ses Mémoires, copiés et volés, qu'on a arrangés ainsi. Cela n'augmente pas la mauvaise opinion qu'on a de lui, au contraire, car cela augmente la pitié. C'est une de ces natures qui ont tout épuisé presque avant de jouir ; ils découragent de tout, même de la supériorité qui mène là. Vous trouverez des mots piquants, des jugements remarquables. J'aime ce qu'il dit de Dante. Enfin ce livre fait très bien passer le temps, c'est tout ce qu'on lui demande.

Adieu, chère Rosalie, je suis fâchée de laisser cette page blanche, mais je souffre ; je suis misérable ce matin. Il fait une humidité qui me tue, et je crains que les souffrances ne marchent vers leur fin, tant elles s'accroissent depuis quelque temps.

Pardon de vous laisser dans cette triste pensée. Je vous embrasse.

J'allais oublier de vous remercier de ces jolies vues et du tour du lac ; je n'en avais pas besoin pour penser à vous.