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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de la Tour du Pin → Mme de Duras, 19 avril 1810, Bruxelles

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion · Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)

Mme de la Tour du Pin → Mme de Duras, 19 avril 1810, Bruxelles

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 73 · chapitre 27 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Bruxelles, le 19 avril 1810.

Aujourd'hui, ma chère Claire, part de chez Mme Tkint un assortiment complet de dentelles pour le trousseau d'Euphémie, depuis la garniture de son bonnet de nuit jusqu'à celle de sa robe; on vous laissera les pièces; vous en prendrez ce que vous voudrez. Rien de si aimable et de si accommodant que Mme T'Kint, et l'on y gagne la moitié, car ce qu'elle vend 50 francs l'aune, Mme Minette ou LeSueur le vendent 100 francs. Elle se recommande à Olivier marquis de Vérac]1 pour les dentelles qu'il mettra dans la corbeille. Je le prie de me donner ses commissions sur cela : on fait maintenant des espèces de pèlerines allongées et échancrées au cou qui sont la plus jolie chose du monde. Mme Brunelle, lingère de Mme de Bérenger, vous adresse aujourd'hui une chemise dont le dessous des manches m'a paru très bien coupé. Vous avez les prix de tout sur une liste jointe à la chemise.

1. 1768-1858. ↩

Au moins, ma chère, si je ne suis pas capable de sentir votre langage relevé et passionné, et si je prends l'expression de l'admiration pour celle de l'amour, avouez que je suis bonne pour faire les commissions ; comme il faut de tout dans ce monde, si chacun était au troisième ciel comme vous, il ne resterait plus personne pour faire la cuisine.

J'ai mis vos deux lettres sous enveloppe, et j'espère vous les faire lire dans dix ans et en rire avec vous ; je vous passe vos folies, pourvu que vous ne vous donniez pas en spectacle à tout Paris, comme je crains bien que vous ne fassiez. Vraiment, vous étiez en colère en m'écrivant, et c'est bien du fond de votre cœur que vous me dites que je vous fais pitié. Je sais bien que l'amie sans charlatanisme ramenant tout au simple et combattant l'effervescence et l'éclat, peut être l'amie utile, mais n'est jamais l'amie agréable. Je vous aime, ma chère, assez pour vous dire la vérité, et cette tâche est souvent pénible, surtout quand vous en jugez mal le motif, comme vous avez fait. Je ne suis pas devenue « si étrangère au monde » que je ne sache parfaitement combien celui de Paris donne avec facilité des ridicules et juge mal les intentions les plus pures. Quand vous vous enfermez avec Mme de Bérenger et M. de Chateaubriand, pourquoi tout Paris le sait-il le lendemain ? Ah! ma chère, «admiration » je le veux bien ; mais vanité, vanité toute pure ! Adieu, ne parlons plus de cela, et aimez-moi toujours un peu.