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L'Enchanteur 1768—1848
Augustin Pajou, buste de Natalie de Laborde, musée du Louvre

Personnes

Natalie de Noailles

9 août 1774 – 23 décembre 1835 ·

Nathalie de Laborde, fille du banquier de la cour Jean-Joseph de Laborde, guillotiné en 1794 ; comtesse de Noailles par son mariage (1790), duchesse de Mouchy en 1819. Élève de David et de Gérard, elle reçoit Chateaubriand à Méréville à partir de 1804-1805 ; elle l’attend en Espagne au printemps de 1807 : elle est la Blanca des Aventures du dernier Abencérage.

Elle rompt en janvier 1813, perd la raison (crise de septembre 1817) et meurt à Paris le 23 décembre 1835.

En bref

Naissance9 août 1774 (épitaphe de Mouchy-le-Châtel) : Nathalie Luce Léontine Joséphine de Laborde, fille de Jean-Joseph de Laborde, banquier de la cour, guillotiné le 19 avril 1794 (Biré).
MortÀ Paris, le 23 décembre 1835 (épitaphe) ; inhumée dans la crypte de la chapelle des Noailles, à Mouchy-le-Châtel (Oise).
Mariage1790, avec Charles-Arthur-Tristan-Languedoc de Noailles (1771-1834), fils aîné du prince de Poix ; vicomtesse puis comtesse de Noailles, duchesse de Mouchy en 1819 (Biré ; 1816 selon Lemaître). Une fille, Léontine (1791-1851), vicomtesse Alfred de Noailles.
LienNatalie de Laborde, comtesse de Noailles puis duchesse de Mouchy ; liaison de 1804-1805 environ à janvier 1813.
LieuxMéréville, le domaine des Laborde (1805-1809) ; voyage d’Espagne : Cadix, Séville, Cordoue, Grenade (printemps 1807).
Dans l’œuvreBlanca des Aventures du dernier Abencérage (Hyde de Neuville ; « C’est Mme de Mouchy qui a inspiré l’Abencérage », lettre de Chateaubriand citée par Pailhès).
Dans les MémoiresJamais nommée : Méréville et ses « doctes Fées » (livre XVII, chapitre 1), et le passage retranché sur l’Espagne (« Que de malheurs ont suivi ce mystère ! »). La « vicomtesse de Noailles » de Londres, en 1822 (livre XXVII, chapitre 5), est sa fille Léontine (Biré).
FinRupture en janvier 1813 ; elle perd la raison (crise de septembre 1817) et meurt en 1835.
Dans les Mémoires1 mention (relevé automatique) : livres XXVII (5).

Nathalie de Laborde (1774-1794)

Nathalie Luce Léontine Joséphine de Laborde naît le 9 août 1774 (épitaphe de Mouchy-le-Châtel), fille de Jean-Joseph de Laborde, banquier de la cour, qui a fait de Méréville, en Beauce, une habitation « d’une splendeur achevée », au parc dessiné par Hubert Robert (Biré). Pajou fait son buste en 1789 :

Augustin Pajou, Nathalie de Laborde, buste en terre cuite, 1789 (Paris, musée du Louvre, RF 4381) : elle a quinze ans
Augustin Pajou, Nathalie de Laborde, buste en terre cuite, 1789 (Paris, musée du Louvre, RF 4381) : elle a quinze ans — Shonagon — Wikimedia Commons (CC0)

En 1790, elle épouse Charles-Arthur-Tristan-Languedoc de Noailles, fils aîné du prince de Poix et petit-fils du maréchal de Mouchy (Biré) ; leur fille Léontine naît le 22 juillet 1791 (Biré). Mme de Boigne, qui ne nomme personne et désigne le mari par des initiales, raconte ce mariage :

« Mademoiselle de Y….., aussi charmante et aussi accomplie qu’on puisse imaginer une jeune personne, épousa en 1790, grâce à l’immense fortune à laquelle elle était destinée, C….. de X….., fils aîné du prince de ***. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

Son mari émigre ; elle reste en France. Sous la Terreur, le maréchal de Mouchy, grand-père de son mari, est guillotiné le 27 juin 1794, son père le 19 avril (Biré). Mme de Boigne la montre dans les prisons auprès des siens :

« Elle vit périr son propre père et consola sa mère, enfin elle réunit sur sa tête l’admiration et la vénération de toutes les personnes renfermées avec elle. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

Delécluze, alors enfant, a vu passer M. de Laborde dans la charrette des condamnés :

« C’était le père de Mme de Noailles, M. de Laborde, banquier de la cour, qu’il vit là pour la première et la dernière fois […] »

Étienne-Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps, 1855.

Élève de David (vers 1796)

Selon Mme de Boigne, elle passe en Angleterre rejoindre son mari, qui la délaisse, puis revient à Paris sous le Directoire. Delécluze, qui apprend alors le dessin chez Charles Moreau, dans l’atelier des Horaces au Louvre, raconte (en parlant de lui-même sous le nom d’Étienne) l’arrivée d’une élève :

« C’est une dame… oui… c’est une dame… c’est Mme de Noailles. »

Étienne-Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps, 1855.

« Il avait souvent entendu parler de Mme de Noailles comme d’une personne qui se distinguait par un vif amour pour les arts, même par des dispositions très-réelles à les cultiver […] »

Étienne-Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps, 1855.

Ils travaillent côte à côte près de six mois ; elle y apprend le retour de son frère, Alexandre de Laborde, de l’armée de Condé, et passe ensuite chez Gérard, où elle commence à peindre (Delécluze, qui situe ces souvenirs vers 1796). Elle achète le Caïn de Fabre :

« Fabre avait été couronné et avait exposé sa figure de Caïn, dont Mme de Noailles même avait fait l’acquisition. »

Étienne-Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps, 1855.

Méréville (1804-1806)

C’est Mme de Vintimille qui l’introduit chez les Laborde :

« […] madame de Vintimille m’avait présenté à Méréville. Méréville était une oasis créée par le sourire d’une muse, mais d’une de ces muses que les poètes gaulois appellent les doctes Fées. Ici les aventures de Blanca et de Velléda furent lues devant d’élégantes générations […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVII, chapitre 1. · Lire le passage

Hubert Robert, le château de Méréville, 1791 (musée du Domaine départemental de Sceaux) : le domaine de son père, Jean-Joseph de Laborde
Hubert Robert, le château de Méréville, 1791 (musée du Domaine départemental de Sceaux) : le domaine de son père, Jean-Joseph de Laborde — Hubert Robert — Wikimedia Commons (domaine public)

Au printemps de 1805, Céleste et lui y passent un mois, puis l’automne, au retour du voyage du Mont-Blanc :

« […] lorsque nous y fûmes installés, nous allâmes passer un mois à Méréville chez M. de Laborde […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. de 1909).

« De retour à Paris, nous allâmes passer l’automne à Méréville […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. de 1909).

Hubert Robert, barques devant la grotte du parc de Méréville, vers 1786-1787 (Stockholm, Nationalmuseum)
Hubert Robert, barques devant la grotte du parc de Méréville, vers 1786-1787 (Stockholm, Nationalmuseum) — Hubert Robert — Wikimedia Commons (domaine public)

Mme de Boigne, qui ne l’aimait pas, la tient pour celle de ses amies qui compta le plus pour lui :

« De toutes ses amies, celle qui a tenu le plus de place dans son coeur est, je crois, madame C….., de X….., devenue duchesse de Z…… »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

Pendant qu’il est en Orient (il a quitté Paris le 13 juillet 1806), elle part pour l’Espagne avec ses enfants : au printemps de 1807, elle y voyage « depuis six mois » (Hyde de Neuville).

Le rendez-vous d’Espagne (printemps 1807)

Hyde de Neuville, royaliste réfugié en Espagne, la rencontre à Cadix :

« […] si justement nommée la belle Nathalie, voyageait depuis six mois en Espagne avec ses enfants et faisait d’assez longs séjours dans les villes qui pouvaient offrir de l’intérêt à sa curiosité artistique. »

Hyde de Neuville, Mémoires et souvenirs, t. I, cité par Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice XII, « La comtesse de Noailles ». · Lire le passage

« Elle était très liée avec M. de Chateaubriand, alors en Terre-Sainte. Elle me parlait de lui sans cesse, et lorsque je le rencontrai peu de temps après, je crus le reconnaître sans jamais l’avoir vu. »

Hyde de Neuville, Mémoires et souvenirs, t. I, cité par Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice XII, « La comtesse de Noailles ». · Lire le passage

« Mme de Noailles avait passé deux mois à Grenade pour dessiner tous les monuments que les Maures y ont laissés. »

Hyde de Neuville, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

Vue générale de Cadix, gravée par Daudet d'après Noël pour le Voyage pittoresque et historique de l'Espagne d'Alexandre de Laborde, son frère (t. II, 1812)
Vue générale de Cadix, gravée par Daudet d'après Noël pour le Voyage pittoresque et historique de l'Espagne d'Alexandre de Laborde, son frère (t. II, 1812) — Noël del., Daudet sculp. — Wikimedia Commons (domaine public)

Ils passent ensemble la semaine sainte à Séville :

« Je me rappelle l’émotion de Mme de Noailles au moment où nous y entrâmes (dans la cathédrale de Séville), le soir du Vendredi Saint. »

Hyde de Neuville, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

Séville vue de San Juan de Aznalfarache, d'après Vauxelle, Voyage pittoresque et historique de l'Espagne (t. II, 1812) : elle y passe la semaine sainte de 1807 avec Hyde de Neuville
Séville vue de San Juan de Aznalfarache, d'après Vauxelle, Voyage pittoresque et historique de l'Espagne (t. II, 1812) : elle y passe la semaine sainte de 1807 avec Hyde de Neuville — Vauxelle del., De Saulx aqua forti, Duparc sculp. — Wikimedia Commons (domaine public)

Chateaubriand débarque à Algésiras et passe à Cadix au début d’avril ; il y voit Hyde (Pailhès). Il rejoint Mme de Noailles à Cordoue selon Cassagne, à Grenade selon d’autres ; ils visitent l’Alhambra, et il est à Madrid le 21 avril (Cassagne). En 1833, à Venise, il écrit dans des pages que l’édition de 1849 n’imprimera pas :

« Mais ai-je tout dit dans l’Itinéraire sur ce voyage commencé au port de Desdémone et fini au pays de Chimène ? Allais-je au tombeau du Christ dans les dispositions du repentir ? Une seule pensée remplissait mon âme ; je dévorais les moments : sous ma voile impatiente, les regards attachés à l’étoile du soir, je lui demandais l’aquilon pour cingler plus vite. Comme le coeur me battait en abordant les côtes d’Espagne ! Que de malheurs ont suivi ce mystère ! Le soleil les éclaire encore ; la raison que je conserve me les rappelle. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, textes retranchés, « Sur Venise », chapitre 18 (« Rêverie au Lido », Venise, 17 septembre 1833). · Lire le passage dans Maurice Souriau, Les idées morales de Chateaubriand

Sainte-Beuve, qui a publié ce passage, en donne une autre rédaction :

« J’espérais en trouver à Sparte, à Sion, à Memphis, à Carthage, et l’apporter à l’Alhambra. »

Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861. · Lire le passage

Mme de Boigne rapporte que les amants s’étaient donné rendez-vous à l’Alhambra, et qu’il la trouva en deuil d’un rival :

« […] les deux amants se donnèrent rendez-vous à la fontaine des Lions de l’Alhambra. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

« […] il trouva une femme en longs habits de deuil et pleurant avec un extrême désespoir la mort d’un rival heureux en son absence. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907). · Lire le passage dans Albert Cassagne, La vie politique de François de Chateaubriand

Au récit de son retour en France (juin 1807), il ajoute :

« Deux ou trois fois, en retournant aux Pyrénées, j’ai aperçu du grand chemin la colonne de Méréville ; ainsi que la colonne de Pompée, elle m’annonçait le désert […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 3. · Lire le passage

La colonne du parc de Méréville (photographie de 2008), « dont la hauteur égale celle de la place Vendôme » selon une description de 1819 citée par Biré : Chateaubriand l'apercevait de la grand-route
La colonne du parc de Méréville (photographie de 2008), « dont la hauteur égale celle de la place Vendôme » selon une description de 1819 citée par Biré : Chateaubriand l'apercevait de la grand-route — Attaleiv — Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

Blanca

« C’est dans le Dernier des Abencérages que j’ai décrit l’Alhambra. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 3. · Lire le passage

« Indifférent à Blanca, il remarque seulement que l’Alhambra et autres édifices élevés sont sur des rochers d’une hauteur immense. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XVIII, chapitre 3. · Lire le passage

Hyde de Neuville la reconnaît dans l’héroïne de la nouvelle :

« Blanca y est bien l’image fidèle de l’aimable Nathalie […] »

Hyde de Neuville, Mémoires et souvenirs, t. I, cité par Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice XII, « La comtesse de Noailles ». · Lire le passage

Chateaubriand l’a écrit lui-même dans une lettre que cite Pailhès :

« C’est Mme de Mouchy qui a inspiré l’Abencérage. Je suis charmé qu’il vous plaise tant. »

Chateaubriand, lettre citée par Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

« La voix de Blanca, légèrement voilée, avait cette sorte d’accent qui remue les passions jusqu’au fond de l’âme. »

Chateaubriand, Les Aventures du dernier Abencérage. · Lire le passage

Illustration des Aventures du dernier Abencérage, Œuvres complètes de Chateaubriand, t. V, Paris, 1876
Illustration des Aventures du dernier Abencérage, Œuvres complètes de Chateaubriand, t. V, Paris, 1876 — auteur inconnu — Wikimedia Commons (domaine public)

La censure en interdit la publication en 1811 ; la nouvelle ne paraît qu’en 1826, dans les Œuvres complètes (Cassagne) :

« […] la censure avait interdit la publication du Dernier Abencérage […] »

Albert Cassagne, La Vie politique de François de Chateaubriand, 1911. · Lire le passage

« J’ai assis Velléda sur les grèves de l’Armorique, Cymodocée sous les portiques d’Athènes, Blanca dans les salles de l’Alhambra. »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre VII, chapitre 8. · Lire le passage

L’article du Mercure (4 juillet 1807)

Son frère Alexandre publie le Voyage pittoresque et historique de l’Espagne ; elle devait en illustrer l’Alhambra :

« L’aimable Nathalie, duchesse de Mouchy, devait collaborer à l’illustration du Voyage pittoresque d’Espagne. Elle avait recueilli les dessins de l’Alhambra et de la cathédrale de Cordoue […] »

Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

L’article que Chateaubriand consacre au livre dans le Mercure du 4 juillet 1807, celui qui compare Napoléon à Néron et lui vaut l’exil, contient cet hommage :

« On doit bien désirer qu’un talent délicat et heureux nous peigne quelque jour ces lieux magiques : nous en avons l’espérance. »

Chateaubriand, Mercure de France, 4 juillet 1807, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

Cassagne attribue à son influence une part de l’audace de l’article : c’est son interprétation. Le couple, éloigné de Paris, achète la Vallée-aux-Loups ; les pins du parc viennent de Méréville :

« Ces pins, tirés des pépinières de Méré ville et que nous devons à M. de Laborde […] »

Céleste de Chateaubriand, Cahier rouge (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. de 1909).

Les années de Méréville (1808-1812)

« Je pars pour Méréville et je vais y faire un assez long séjour. »

Chateaubriand à Mme de Las Cases, 26 juillet 1808, cité par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

Natalie de Noailles (1774-1835), Chateaubriand faisant une lecture, vers 1808, mine de plomb sur papier, sans doute dessiné à Méréville, où il lisait ses ouvrages : « Ici les aventures de Blanca et de Velléda furent lues devant d'élégantes générations » (Mémoires, livre XVII, chapitre 1) (Société Chateaubriand, en dépôt à la Maison de Chateaubriand)
Natalie de Noailles (1774-1835), Chateaubriand faisant une lecture, vers 1808, mine de plomb sur papier, sans doute dessiné à Méréville, où il lisait ses ouvrages : « Ici les aventures de Blanca et de Velléda furent lues devant d'élégantes générations » (Mémoires, livre XVII, chapitre 1) (Société Chateaubriand, en dépôt à la Maison de Chateaubriand) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

« Nous sommes depuis trois semaines à Méréville […] »

Céleste de Chateaubriand à Clausel de Coussergues, 21 août 1809, citée par Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896. · Lire le passage

C’est à Méréville, par Natalie, qu’il connaît la cousine de celle-ci, la duchesse de Duras :

« […] ce fut dans les beaux jardins de Méréville que j’en entendis parler pour la première fois […] »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 24. · Lire le passage

« Par les soins de Nathalie, l’entrevue eut lieu à Méréville. »

Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

À Mme de Duras, inquiète de prendre la place de sa cousine, il répond :

« Mme de Mouchy sait que je l’aime, que rien ne peut me détacher d’elle. Je n’aurais à lui reprocher que quelques injustices qui tenaient à la délicatesse de son attachement, et de ne m’avoir pas toujours cru assez sincère […] »

Chateaubriand à Mme de Duras, vers 1809-1810, cité par Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

Mme de La Tour du Pin, amie de Mme de Duras, le lui conseille sans ménagement le 17 janvier 1812 :

« Ah ! laissez-le, ma chère, à cette Nathalie. Elle est digne de lui, puisqu’il s’en accommode si bien. »

Mme de La Tour du Pin à Mme de Duras, 17 janvier 1812, publiée par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Mme de Boigne ajoute qu’après l’Itinéraire (1811) il fit de son salon la porte pour l’approcher, et qu’elle fréquenta un temps la société de Mmes de Duras, de Bérenger et de Lévis.

La rupture (janvier 1813)

« […] il se brouille avec la romanesque Nathalie (7 janvier 1813) […] »

Albert Cassagne, La Vie politique de François de Chateaubriand, 1911. · Lire le passage

« J’ai reçu un congé en forme, écrivait Chateaubriand, le 20 janvier, et je l’ai accepté […] »

Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

« J’ai rendu tout ce que je possédais, et il ne me reste pas une trace de ce qui a fait une partie du bonheur et des peines de ma vie. »

Chateaubriand, janvier 1813, cité par Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

La raison perdue (1814-1817)

Selon Mme de Boigne, elle se réconcilie avec son mari sous la Restauration et prend le titre de duchesse ; ses bizarreries augmentent pendant les Cent-Jours, et il faut l’enfermer. En 1816, Chateaubriand écrit à Mme de Duras :

« J’ai bien peur pour cette malheureuse [Nathalie], qui est bien plus malade que vous, et qui est tuée par les médecins appelés à la guérir. »

Chateaubriand à Mme de Duras, 1816, publiée par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Le 20 septembre 1817, Mme de Duras décrit à Mme Swetchine la crise de sa cousine :

« […] il n’y a pas de situation plus cruelle selon moi que de valoir mieux que sa conduite […] »

Mme de Duras à Mme Swetchine, 20 septembre 1817, publiée par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

« […] sa tête s’est égarée, son imagination s’est frappée, et elle a perdu la raison. Sa folie n’est point violente, mais elle est déchirante. La terreur la saisit, elle croit qu’on va l’assassiner, que tout ce qu’elle prend est empoisonné […] »

Même lettre, d’après Falloux, citée par Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice XII, « La comtesse de Noailles ». · Lire le passage

Chateaubriand, à Mme de Duras, le 18 septembre :

« Ah ! mon Dieu ! La pauvre Nathalie! Quelle fatalité me poursuit ! Ne vous ai-je pas dit que tout ce que j’avais aimé, connu, fréquenté, était devenu fou ? Et moi, je finirai par là. »

Chateaubriand à Mme de Duras, 18 septembre 1817, publiée par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

« Pour tout le bonheur qu’elle m’a donné, je ne puis rien pour elle ! »

Chateaubriand à Mme de Duras, 18 septembre 1817, publiée par Gabriel Pailhès, La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage

Dans un dernier billet à sa cousine, « de plus en plus souffrante » (Pailhès), elle écrit :

« Parlez de moi quelquefois! Que je ne sois ni trop méconnue, ni trop oubliée ! Si notre ami peut conserver mon souvenir, je suis sûre qu’il me plaindra et aimera ma mémoire. »

Natalie de Noailles à Mme de Duras, citée par Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

La duchesse de Mouchy (1819-1835)

À la mort de son beau-père, le 15 février 1819, elle devient duchesse de Mouchy (Biré). Neuf ans plus tard, ambassadeur à Rome, Chateaubriand écrit à Mme Récamier :

« L’ambassadrice d’Autriche est agréable et chante aussi: elle ressemble à la pauvre Mme de Mouchy, aussi ne puis-je la regarder sans une vraie peine. »

Chateaubriand à Mme Récamier, Rome, 5 novembre 1828, Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage

Son mari meurt en 1834 ; elle meurt à Paris le 23 décembre 1835, et repose à Mouchy-le-Châtel, dans la crypte de la chapelle des Noailles, près de sa fille Léontine (Commons).

Sa tombe dans la crypte de la chapelle des Noailles, près de l'église Saint-Étienne de Mouchy-le-Châtel (Oise) : « Ci-gît Nathalie Luce Léontine Joséphine de Laborde, duchesse de Mouchy, princesse de Poix, née le 9 août 1774, décédée à Paris le 23 décembre 1835 » (photographie de 2022)
Sa tombe dans la crypte de la chapelle des Noailles, près de l'église Saint-Étienne de Mouchy-le-Châtel (Oise) : « Ci-gît Nathalie Luce Léontine Joséphine de Laborde, duchesse de Mouchy, princesse de Poix, née le 9 août 1774, décédée à Paris le 23 décembre 1835 » (photographie de 2022) — Antoine Rex — Wikimedia Commons (CC0)

Mme de Boigne, qui écrit vers cette date, conclut :

« À l’époque où j’écris, elle est depuis vingt ans renfermée et n’a jamais recouvré la raison. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

« Je ne puis m’empêcher de croire qu’elle valait mieux que la vie qu’elle a menée. »

Mme de Boigne, Récits d’une tante, t. I (écrits vers 1835, publiés en 1907).

Dans les Mémoires

Les Mémoires ne la nomment pas. Le passage sur l’Espagne (ci-dessus) fut retiré de l’édition de 1849, vraisemblablement à la demande des Noailles, puis retrouvé dans le manuscrit que Chateaubriand avait paraphé pour l’impression (Pailhès) ; Sainte-Beuve l’avait publié en la nommant. Pailhès relève les autres allusions : Méréville et ses « doctes Fées » (livre XVII), la colonne de Méréville (livre XVIII), les « houris » qui le ramènent au temps de la Sylphide après la mort de Mme de Beaumont (livre XVII, chapitre 3), Gand qui lui rappelle Grenade en 1815 :

« […] voilà ce qui remplaçait à Gand la cité des Zegris, le Duero et le Xenil, le Généralife et l’Alhambra : mes vieux songes, vous reverrai-je jamais ? »

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIII, chapitre 9. · Lire le passage

« Je puis dire (ce dont personne ne s’était douté) que Mme de Mouchy est derrière le voile, invisible et présente, qu’elle est l’âme de bien des pages […] »

Gabriel Pailhès, Du nouveau sur J. Joubert, 1900. · Lire le passage

Pailhès la reconnaît aussi dans la Velléda des Martyrs : c’est sa lecture. En revanche, la « vicomtesse de Noailles » que Chateaubriand revoit à Londres en 1822 (livre XXVII, chapitre 5), « aussi agréable, spirituelle et gracieuse que si elle eût encore erré à quatorze ans dans les beaux jardins de Méréville », n’est pas Natalie, alors duchesse de Mouchy, mais sa fille Léontine, vicomtesse Alfred de Noailles (Biré, note des Mémoires, t. IV).

Divergences entre les sources

Âge vers 1796 : « vingt-sept à vingt-huit ans » (Delécluze) ; elle en a vingt-deux (épitaphe). Lieu des retrouvailles de 1807 : Cordoue (Cassagne), Grenade (Biré). Le rendez-vous : la fontaine des Lions de l’Alhambra (Mme de Boigne) ; le récit de Mme de Boigne, malveillant, n’est confirmé par aucune autre source sur le colonel L…. Texte du passage retranché : « je lui demandais l’aquilon pour cingler plus vite » (manuscrit des Mémoires) ; « de la gloire pour me faire aimer… et l’apporter à l’Alhambra » (Sainte-Beuve, d’après les lectures de 1834). Rupture : 7 janvier 1813 (Cassagne) ; lettre du 20 janvier 1813 (Pailhès) ; janvier 1812 (ancienne date de ce site, corrigée). Folie : après les Cent-Jours (Mme de Boigne) ; malade dès 1816, crise de septembre 1817 (lettres de Chateaubriand et de Mme de Duras). Titre de duchesse : 1819, à la mort de son beau-père (Biré) ; 1816 (Lemaître, Poinsot). Vichy : Sainte-Beuve dit l’avoir vue aux eaux avec Chateaubriand et Mme de Duras ; Pailhès le conteste (Chateaubriand ne connaît Mme de Duras qu’en 1808 et ne revient pas à Vichy).

Sources et documents

Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres VII (8), XVII (1, 3), XVIII (3), XXII (24), XXIII (9), XXVII (5) ; textes retranchés, « Sur Venise », chapitre 18
Chateaubriand, Les Aventures du dernier Abencérage, 1826
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, Garnier, 1898-1900, t. II, appendice XII (avec les Mémoires et souvenirs de Hyde de Neuville, t. I, p. 444 et suiv., et la lettre de Mme de Duras à Mme Swetchine) ; t. IV, note sur la vicomtesse Alfred de Noailles
Mme de Boigne, Récits d’une tante. Mémoires de la comtesse de Boigne, t. I, 1907 (lire en ligne)
Étienne-Jean Delécluze, Louis David, son école et son temps, 1855 (lire en ligne)
Gabriel Pailhès, Chateaubriand, sa femme et ses amis, 1896 ; Du nouveau sur J. Joubert, 1900 ; La Duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910 (lettres de Chateaubriand et de Mme de La Tour du Pin à Mme de Duras)
Albert Cassagne, La Vie politique de François de Chateaubriand, 1911, chapitre I
Sainte-Beuve, Chateaubriand et son groupe littéraire sous l’Empire, 1861
Céleste de Chateaubriand, Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. de 1909
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II : lettre de Rome du 5 novembre 1828 (lire sur le site · Project Gutenberg)
Épitaphe de la crypte de la chapelle des Noailles, Mouchy-le-Châtel : photographie d’Antoine Rex, 2022, Wikimedia Commons (dates de naissance et de mort) (lire en ligne)
Augustin Pajou, Nathalie de Laborde, terre cuite, 1789, musée du Louvre, RF 4381 (Wikidata Q87451598) (lire en ligne)
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres XVII, XVIII, XXII, XXVII ; textes retranchés, « Sur Venise »
Edmond Biré, éd. des Mémoires d’outre-tombe, t. II, appendice XII, et t. IV, note

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