Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
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Quand enfin, après des négociations laborieuses, il est question de l'ambassade de Berlin pour Chateaubriand, le ministère, débarrassé de Decazes, est unanime à reconnaître l'influence et - nouveau style - les bons offices du brillant publiciste. Quelques difficultés subsistent qui entravent la conclusion. Il faut que Laîné accepte le ministère de la Justice, et il refuse obstinément. Pour vaincre ses résistances, qui tiennent tout en suspens, c'est à Mme de Duras que Chateaubriand fait appel comme toujours : « Laine acceptera et il ne faut plus qu'un mot de Madame. Faites que Madame l'envoie chercher demain matin, et lui dise ce mot. Son nom est absolument nécessaire au ministère pour la popularité. »
Dernière difficulté, et c'est la plus grave. Mo de Duras écrit à Chateaubriand : « Les ministres disent qu'ils n'ont point promis, parce que le Roi est toujours pour vous dans les dispositions qu'on a mises si longtemps en avant. » Elle conseille donc au disgracié de voir Louis XVIII, et de s'appliquer à désarmer son mauvais vouloir. Chateaubriand annonce bientôt l'audience, et puis, dans un autre billet, il en rend compte à celle qu'il sait anxieuse du résultat. Un billet! Il avait promis « d'aller lui raconter l'entrevue ». Elle avait donc espéré le voir et l'entendre à loisir, recueillir de ses lèvres les moindres détails. Elle comprend que cette entrevue aura sur l'avenir de son ami une influence décisive.
Qu'est-ce que Richelieu pourrait encore objecter? Gagné par de bonnes paroles, et d'ailleurs plié par la nécessité, il se montre disposé à tenir les promesses faites par lui et par ses collègues à Chateaubriand.
Les lettres qui suivent prouvent qu'il y eut encore bien des difficultés avant que la nomination parût au Moniteur, et aussi qu'il y eut des engagements contractés envers lui, pour le décider à partir. Mais ce qui ressort surtout de ces lettres, c'est que la joie d'avoir réussi à mettre le cher frère à la tête d'une grande ambassade ne balançait pas, dans le cœur aimant de la duchesse de Duras, la tristesse de la prochaine séparation. A travers les paroles de Chateaubriand, si curieusement personnelles comme d'habitude, se lisent les inquiétudes et les regrets qu'il essaie d'endormir par ses réponses ; car ce sont là des réponses : « Elle est triste à mourir. » - « Elle souffre, et beaucoup. » - Elle n'a plus longtemps à souffrir. » - « Quand il reviendra de Berlin, elle ne sera plus de ce monde. » - « L'adieu est prochain, qui sera le dernier. » - « Elle reste à pleurer toute la journée. » - « Une autre prendra sa place et l'a déjà prise, dont il préfère les lettres v. - a La chère sœur, déjà sacrifiée à la maîtresse de l'Abbaye, sera vite oubliée. »
Chateaubriand, tout entier à ses ambitions, - que ses amitiés ont l'obligation de servir - désire avec âpreté et violence. On dirait qu'il n'aime qu'à la réflexion, et, pour ainsi dire, rétrospectivement, dans le souvenir. Me de Duras, ambitieuse pour lui seul, ne sait qu'aimer et se dévouer ! Voilà l'impression et le vif intérêt qui se dégagent des lettres qui suivent.