Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire · Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire (suite)
[Chateaubriand → Mme de Duras], 14 juillet [1821]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Samedi soir, 8 heures, 14 juillet [1821].
Les deux magots Villèle et Corbière] ont eu hier une conversation avec le Duc [de Richelieu]. Ils devaient donner leur démission. Il n'y a rien de conclu. Pendant ce temps-là, M. Pasquier m'avait écrit qu'il voulait me voir ce matin. J'y suis allé. Il m'a déclaré qu'il fallait partir pour Berlin. J'ai répondu que mes amis sortant, je sortirais avec eux. Il m'a répété qu'il fallait absolument un ministre à Berlin. J'ai dit qu'alors il était bien le maître d'envoyer qui il voudrait à ma place, puisqu'il était si pressé. Le tout en est resté là. Me voilà démis provisoirement.
Je crois que Pasquier a été trop vite. Je crois à une intrigue indépendante du sot Duc. Ma position est très bonne. La démission n'est pas venue de moi ; elle m'a été demandée. Je n'ai dit ni oui ni non positivement. Maintenant, je laisserai faire. Je ne dirai pas un mot de cette singulière aventure. Je les laisserai venir. Pasquier était furieux au fond de l'âme. Je ne sais ce qu'il avait.
Croiriez-vous que les deux magots ne m'ont seulement pas fait dire ce qui s'est passé entre eux et Richelieu, quoique je leur eusse écrit que Pasquier me demandait ? Gardez le silence le plus profond sur tout cela. Brûlez ce billet. J'aurais été vous voir ce soir si je n'attendais quelques personnes. A demain matin1.
1. Villèle écrivit dans son « carnet » : « 14 juillet [1821]. M. de Chateaubriand envoie sa démission de l'ambassade de Prusse. » ↩