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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Livre IV — Chateaubriand ministre des affaires étrangères (suite)

Livre IV — Chateaubriand ministre des affaires étrangères

Livre IV — Chateaubriand ministre des affaires étrangères (suite)

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 3 min de lecture · p. 256–257 · chapitre 337 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

La concision expéditive de ces billets si vivants laisse deviner quelque chose des lettres auxquelles ils répondaient.

Me de Duras avait témoigné sa détestation de la guerre d'Espagne, que Chateaubriand voulait et préparait depuis plusieurs mois. Du jour où les hostilités furent déclarées, elle en suivit les diverses phases avec la double ardeur de son caractère et de son patriotisme, avec la double anxiété de son amour de mère et de sa passion d'amie. Elle voyait bien que les destinées de la vieille monarchie y étaient engagées à fond. Raffermie et rajeunie par la victoire, la royauté, en cas de revers et d'insuccès final, ne résisterait pas à l'assaut des partis opposés ; elle serait vaincue dans la personne du Prince généralissime, et ce serait la fin de la maison de France.

Et puis, le ministre des Affaires étrangères n'était-il pas en cause plus qu'aucun de ses collègues? La responsabilité de cette guerre impopulaire ne pesait-elle pas sur lui? Au sort du cher frère était lié le sort de son collaborateur le plus intime, le duc de Rauzan. Et le mari de Félicie, général Auguste de La Rochejaquelein, n'était-il pas au feu, et plus exposé que d'autres, parce qu'il avait à cœur de soutenir la glorieuse légende de son nom, et que sa bravoure de « Balafré », à la Grande Armée, le vouait aux actions d'éclat sous le drapeau fleurdelisé.

« Je suis malade », écrivait-elle à Chateaubriand. « Dites-moi des paroles de tendresse. » — « Donnez-moi quelques bonnes nouvelles de la guerre pour me guérir. » Parmi tant de bonnes nouvelles, qu'il se hâta de lui communiquer, il y eut celle-ci, au commencement de septembre : « M. le général de La Rochejaquelein a reçu la croix de commandant de la Légion d'honneur pour sa belle conduite à la Corogne. » Le général Bourke était entré le 21 août au matin, avec ses troupes, dans la place conquise.

Puis revenait sous la plume de l'ardente Claire, la plainte jalouse contre l'assiduité du cher frère à l'Abbaye. Puis, Mme Récamier partie, ce furent des reproches violents à propos de la nouvelle passion du ministre pour Me de Castellane, passion folle et trop peu dissimulée. Mme de Duras n'en pouvait douter, ayant été avertie par le mieux renseigné des hommes, le boiteux, qui d'ailleurs paraît s'être intéressé très particulièrement à cette dame : il en reparlera à Mme de Duras dans une lettre de 1826. Et voilà donc pourquoi les visites du cher frère se faisaient plus rares. Or, ces reproches, elle les renouvelle à plusieurs reprises, et avec une sorte de « violence », malgré les colères de l'intéressé qui répond par des paroles équivoques, autant dire par des négations et des mensonges. « Mme de Castellane n'est point ici. Cette violence est trop peu fondée. Je vous parlerai de Talleyrand. » Quelles représailles et quelles révélations s'annoncent dans les menaces de ces derniers mots, les Mémoires d'outre-tombe pourraient le dire à qui serait curieux de l'apprendre1. Votre rivale n'est pas à Paris. Ne vous tourmentez plus. » - Votre ennemie n'est pas arrivée. Bon Dieu ! ne recommencez pas vous-même vos tracasseries. Je vous verrai vers quatre heures. » Me de Castellane était à Rueil, en attendant qu'elle allât au bord de l'Océan où le volage René était impatient de la rejoindre.

1. Il y a de plus ceci que Talleyrand se permettait des mots sur Chateaubriand. celui-ci par exemple, que le maréchal de Castellane a consigné dans son Journal : « 10 mars 1838. M. de Chateaubriand se plaint de surdité. Il se croit sourd depuis qu'il n'entend plus parler de lui. » ↩

Ètes-vous donc brouillé avec Villèle ? - Ne faites pas la sottise de vous démettre à propos d'un ruban ou d'un cordon !

Comment s'est passé l'entretien avec le Président ? - Ne parlerez-vous pas en faveur de la septennalité, votre silence sur la conversion des rentes ayant été si funeste? - En aurez-vous le temps?

Partagée entre sa parfaite estime pour Villèle et sa profonde affection pour Chateaubriand, elle se désolait de les savoir divisés, et ne pouvait prévoir la rupture, quelle qu'en fût la suite, sans craindre et sans souffrir. Aimer et souffrir, c'était toute sa vie. « Peut-on aimer sans souffrir », écrivait-elle à Rosalie? « Vivre, n'est-ce pas toujours souffrir? »