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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Duras de Rauzan → Rosalie de Constant, 20 janvier [1828], Nice

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Duras de Rauzan → Rosalie de Constant, 20 janvier [1828], Nice

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 519 · chapitre 486 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Nice, le 20 janvier [1828].

Je vous suis presqu'étrangère, Mademoiselle, et pourtant je sens le besoin de vous écrire au moment où je viens d'éprouver le plus affreux malheur. Hélas ! vous l'aimiez, vous , appréciiez, ma mère chérie, et vous la pleurerez avec moi ! Je l'ai perdue après trente et un jours d'une affreuse maladie. Elle a disparu pour toujours, mon amie, ma mère, celle qui était tout pour moi. Votre ancienne amitié, si constante et si tendre, lui avait fait du bien. Elle me parlait souvent de vous, Mademoiselle, et, dans les derniers jours de sa vie, elle a songé à vous et vous a laissé un shall.

Je vous enverrai ce douloureux souvenir dès que je serai de retour à Paris, là où j'ai été si heureuse avec elle, où j'ai passé tant d'années que je voudrais racheter au prix de tant d'autres... Mais tout est inutile. Ma vie me semble finie. Je ne sais plus que faire. Elle était le but, l'objet de toutes mes pensées. La quitter pour quelques minutes était une douleur, et je l'ai quittée pour toujours... Ah ! Mademoiselle, j'ai besoin de me dire que votre cœur répond au mien, que vous la regrettez avec toute la vivacité de votre sentiment. L'idée qu'elle était approuvée par tout ce qui était distingué, par toutes les âmes élevées, est la seule qui me soit douce, mais rien ne peut me la rendre. Je l'appelle en vain, je n'entends plus sa voix. Ses beaux yeux ne me regarderont plus... Du haut du ciel elle m'entend peut-être ; elle voit jusqu'où allait ma tendresse pour elle. Dieu ! Si je pouvais la serrer sur mon cœur encore une fois !... Mais non !... tout est fini!... Rien ne peut vous donner idée de sa force, de sa résignation. Elle n'a pas laissé échapper la moindre plainte dans les plus cruelles douleurs.... Quel ange !... Et tant de patience n'a pu fléchir la Providence !...

Ma sœur est arrivée le 27° jour de sa maladie. Elle a vécu deux jours encore, et elle a joui de cette consolation. Pour moi, je n'en ai point, je n'en veux point; le vide que me laisse sa mort ne sera jamais rempli par personne. Je chéris son souvenir. Il me semble que mes larmes ont une source éternelle et je suis heureuse de penser que je ne me consolerai jamais.

Ah ! Mademoiselle, me pardonnerez-vous de vous ouvrir ainsi mon triste cœur, vous qui ne me connaîtriez plus ? Mais vous l'aimiez, c'est assez pour moi, et je suis sûre que vous m'entendrez.

Je quitte ce lieu de douleur, je vais à Paris. Si vous êtes assez bonne pour me répondre, j'habite rue de Varennes, n° 31.

Agréez l'hommage de mon tendre attachement.

Duras de Rauzan.