Livre VII — Le salon et les amis de Mme de Duras · Livre VII — Le salon et les amis de Mme de Duras (suite)
[M. de Humboldt → Mme de Duras], [1822]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
[1822].
Mille grâces! Je voudrais sortir demain, mais je crains que mon maître ne le veuille pas ; je pense que cela est tout fermé et je remue le genou sans la moindre douleur.
Que cela est vrai, ce que vous dites des limites précises qu'on veut assigner à chaque talent, à chaque caractère ! Les plus grands et les plus beaux talens ont le plus de ce vague qui tient aux imperfections primitives de la nature humaine. Les caractères sont comme les nuages : de loin ils paraissent avoir des surfaces, des contours déterminés. Elevez-vous avec moi sur les montagnes, entrez dans ces nuages qui ont des formes de loin, et vous vous trouvez dans un océan de vapeurs, dans lequel tout est vague et sans bornes.
L'amitié fait sentir ce que l'on éprouve sur ces montagnes : on se rapproche : on trouve ce vague ; mais l'admiration et les affections ne s'en conservent pas moins. Quel plaisir m'a fait votre jugement sur M. Arago ! Je l'avais deviné le premier, à Paris, à l'âge de vingt-trois ans.
P. S. - De grâce, envoyez-moi le Moine. Vous me traitez mal1.
1. Le Moine fut composé en 1822. - Il y a, dans cette lettre, quelques allusions à des remarques de Mme de Duras sur les défauts de Chateaubriand. ↩