Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
Chateaubriand → Mme de Duras, 12 septembre [1817]
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Dimanche, 12 septembre [1817].
Il n'y avait point de fluctuations dans ma lettre : mon retour à Paris ne peut être à jour fixe, parce qu'il dépend de la santé de Mme de Ch[ateaubriand] et de mon appartement à Paris. C'est jeudi [16 octobre] que nous partirons de Vorré où nous allons demain, et nous serons vendredi au soir à Paris à moins de quelque nouveau dérangement, qui ne serait dans tous les cas qu'un retard d'un ou deux jours. Quant à mes dispositions, elles sont toujours fondées sur la raison, quoique je sois résolu de faire ce que vous voudrez. Mais soyez sûre que si vous êtes pour le silence et la faiblesse, je n'y gagnerai rien, de la part de gens sans foi. Tout ce qu'ils veulent, si toutefois ils veulent quelque chose et mettent de l'importance à rien, c'est que je me taise, sans rien faire pour changer ma position. Ils vous tiendront le bec dans l'eau, toujours parlant de conciliation, de nécessité de s'entendre ; la session s'écoulera, j'aurai perdu le moment de l'attaque, et ils riront de vous et de moi. Je suis intimement convaincu que je suis noyé pour toute la vie du Roi et peut-être après. J'ai un autre rôle : celui de chef d'une opposition honorable : je le perdrai aussi, si je ne me montre pas. Au reste, je suis si persuadé que toute cette machine dégringole, que tous les calculs sont vains.
Soyez donc tranquille; je serai aussi faible, aussi muet que vous le jugerez à propos. Au fond, mon indifférence pour eux est grande ; et comme, dans tous les cas, je me regarde comme perdu, mieux vaut l'être de la façon qui plaira à mes amis. J'espère un mot de vous aujourd'hui, et peut-être un autre à Vorré. Je vous écrirai un dernier mot de Vorré.