Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
Chateaubriand → Mme de Duras, 18 septembre 1817
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Ce jeudi 18 septembre 1817.
Ah ! mon Dieu ! La pauvre Nathalie! Quelle fatalité me poursuit ! Ne vous ai-je pas dit que tout ce que j'avais aimé, connu, fréquenté, était devenu fou ? Et moi, je finirai par là.
Il n'y a rien que je ne fisse ou que je ne donnasse pour voir Mouche heureuse. J'espère encore que sa tête se remettra. Il peut se faire que ce ne soit qu'un dérangement passager.
Pour tout le bonheur qu'elle m'a donné, je ne puis rien pour elle ! Chère sœur, c'est une déplorable impuissance que celle des amitiés humaines.
Vous m'avez mal compris. Je ne vous demandais point de conseils. Je raisonnais sur ma position, tout simplement, la jugeant très bien et l'acceptant. Aucune parole de ces gens-là ne peut suffire : il faut des faits : allons donc comme nous sommes. Molé a réussi, et tous les gens de sa sorte réussissent: il est médiocre, bas avec la puissance, arrogant avec la faiblesse; il est riche, il a une antichambre chez sa belle-mère, où il insulte les solliciteurs, et une antichambre chez les ministres, où il va se faire insulter. Il a été de plus ministre sous Buonaparte et traître à ses serments pendant les Cent-Jours. Voilà comment on devient ministre de la marine, sans avoir vu d'autre vaisseau que les péniches que Buonaparte faisait construire à Chaillot. Je me trompe beaucoup, ou le peu qu'il est paraîtra au ministère. Je le connais, c'est un écolier, et, du moins, je suis juge en capacité.
Nous partons samedi pour Lonné, par Belesmes, département de l'Orne. C'est précisément le jour des élections. Mais ne nous flattons pas : elles ne seront ni royalistes, ni jacobines : elles seront platement ministérielles.