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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Chateaubriand → Mme de Duras, 10 septembre 1820, Paris

Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)

Chateaubriand → Mme de Duras, 10 septembre 1820, Paris

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 1 min de lecture · chapitre 150 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.

Paris, 10 septembre 1820.

Votre lettre, quoique bien triste encore, m'a cependant un peu consolé. Vous y êtes un peu moins injuste que dans les autres, et c'est toujours quelque chose de gagné. La saison s'avance et il faudra bientôt que vous quittiez les caux. Vous me direz ce que vous devenez; mais și vous vous déterminez à aller dans le midi, vous passerez nécessairement par Paris ; ainsi nous causerons de l'avenir. Que la monarchie s'en aille avant nous ou qu'elle nous survive, peu importe désormais ! Comme je ne suis pas Roi, l'affaire ne me touche pas de si près. Je ne m'y suis que trop intéressé et il est temps de garder pour moi quelques misérables jours qui me restent. Ce qu'il y a de sûr, c'est que rien n'éclairera ni la France ni l'Europe. C'est la vieille société en enfance qui radote et qui se dissout.

Les nouvelles sont tristes ici; on est fort découragé. Les Royalistes, qu'on a encore une fois trompés, n'iront point aux élections, ou se diviseront dans les choix. Ainsi le triomphe sera pour la gauche. Si les ministres avaient voulu embrasser franchement des mesures monarchiques et dissoudre la Chambre, nous leur aurions assuré les élections. Au lieu de cela, ils ont voulu suivre encore le misérable système du milieu : ils vont avoir une minorité de 170 à 180 libéraux qui les culbutera, car une majorité d'une vingtaine de voix (si elle existe), composée de droite et de centre, est incapable de lutter comme une minorité homogène, ardente, animée par l'esprit de vengeance et par l'espoir d'un prochain succès. Dieu sait ce que nous deviendrons. Voilà bien de la politique; elle vous ennuie. Je crains de vous parler de vos maux, de peur de vous fâcher. Je me jette sur les maux publics. Ecrivez-moi, si vous pouvez, cela me fait tant de plaisir !