Livre IV — Chateaubriand ministre des affaires étrangères · Livre IV — Chateaubriand ministre des affaires étrangères (suite)
Chateaubriand → Mme de Duras, 1er ianvier 5 heures du matin [1823]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
1er ianvier 5 heures du matin [1823].
Je vais porter l'Ordonnance aux Tuileries et la faire signer, mais il est de ma tendre amitié de tout vous dire, pour prévenir le mal que je puis vous faire. Vous qui avez été si désolée pour une phrase dans un pamphlet, vous sentez-vous de force à supporter quelques mauvaises plaisanteries dans un journal et à la tribune ? Depuis hier que j'ai lieu de craindre cela, je suis réellement au désespoir. Je n'ai pas eu le courage de vous le dire hier au soir. J'ai à peine celui de l'écrire. Décidez. Si vous renoncez au projet, rien de plus simple : c'est Henri, qui, à la réflexion, n'aura pas voulu d'une place de commis, si inférieure à son nom et à son titre. Il aura dans le monde toute la faveur du refus. Je me chargerai de plus de sa destinée : il viendra tous les jours travailler avec moi. Il verra les choses les plus secrètes. Je l'élèverai quelques mois pour être sous-secrétaire d'Etat1 après les Chambres, lorsque je serai assez fort pour obtenir cela de mes collègues et que le danger sera passé.
1. Il écrira, huit ans après la mort de la duchesse de Duras, dans le Congrès de Vérone : « M. le duc de Rauzan. nommé directeur des affaires politiques, pour tenir lieu d'un de ces secrétaires d'Etat qui devraient exister dans les départements ministériels, seconda nos travaux; il montra un jugement rassis, qualité essentielle du diplomate. » M. le duc de Rauzan remplaça, à la direction des travaux politiques, M. Herman, démissionnaire. ↩
Prononcez, encore une fois. A une heure, l'Ordonnance sera signée.