Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire · Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire (suite)
[Chateaubriand → Mme de Duras], 20 novembre 1821, Fervacques
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Fervacques. Mardi matin, 20 novembre 1821.
Je suis bien empêché. Si je vous écris, vous direz que je veux réparer. Si je ne vous écris point, vous vous plaindrez de l'amitié trahie. Vous prendrez donc ma lettre comme vous voudrez. Me voilà dans ce château qui aurait pu être à Clara ; il me fait bien vieux : que d'années se sont déjà écoulées depuis que j'y suis venu pour la première fois ! Vous jugez bien que j'ai recommencé mon rêve éternel. Je ne vois pas une solitude que je ne sois tenté d'y vivre et d'y mourir. Vous ne me croyez pas ; mais pourtant, le seul désir qui survit à tous les autres et qui revient sans cesse, et qui m'a persécuté dans ma jeunesse comme sous mes cheveux gris, doit avoir un principe dans mon naturel. Mon mal est d'être propre à plusieurs choses, mais mon penchant est bien réel pour un seul état, le repos et l'oubli.
Dans ce bon château, on ne parle point politique. J'irai, dans huit jours, me replonger dans cet ennui. Je vais relire et mettre en état de paraître, s'il y a lieu, ma Liberté de la presse. Humboldt m'a persécuté chez vous à ce sujet. J'attends de vous une de ces bonnes lettres comme à Berlin.
9 heures.
Je suis toujours incrédule. Je ne suis touché que de la vivacité de votre amitié. Le reste m'est plus qu'indifférent. Je m'en vais, vous ne le croyez pas, mais vous le verrez.