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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme C. de Duras → Rosalie de Constant, Ce vendredi, [Lausanne]

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion · Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion

Mme C. de Duras → Rosalie de Constant, Ce vendredi, [Lausanne]

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 3 min de lecture · p. 39–40 · chapitre 8 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Ce vendredi.

J'avais trop d'intérêt à ne pas oublier votre aimable invitation, Mademoiselle, pour ne pas y avoir pensé souvent depuis samedi ; et, bien que mon rhume soit plus fort que jamais, je compte tou-Jours avoir l'honneur de vous voir demain et arriver, morte ou vive, à La Chaumière, à dix heures du matin... Est-ce l'heure? Veuillez me le dire, s'il faut la changer, car je suis entièrement à vos ordres et j'ai tant de sollicitations à faire, tant de choses à obtenir de la tante et de la nièce, que je dois leur donner l'exemple de la soumission.

Je venais de vous envoyer mon domestique et le batelier quand on m'a remis votre billet. On assure que le temps sera superbe et que nous pouvons facilement revenir ce soir. Il fera chaud, et cette circonstance calmera la bise, mais doit nous hâter. Je serai chez vous dans une heure. Adieu, Mademoiselle, c'est une bonne journée pour moi que celle que je passerai avec vous. J'ai congédié mon batelier, puisque nous avons celui de M. d'Arlens.

Ce serait un vrai bonheur pour moi, Mademoiselle, de me trouver ainsi au milieu de votre famille et de ne pas en être traitée en étrangère, et c'est avec chagrin que je vois l'obligation de refuser une partie si agréable, mais, ma petite Félicie doit prendre demain quelque drogue et je ne saurais me résoudre à la quitter.

J'aurais retardé d'un jour si notre rendez-vous de samedi ne m'en eût empêchée et si le dimanche et mon prochain départ n'étaient aussi des obstacles. Il faut donc vous prier de recevoir mes regrets et de les porter à Madame votre belle-mère [?].

A samedi. Je me promets un vrai plaisir de cette course faite avec vous, mais est-ce bien faire que se livrer à l'agrément d'une société qu'on doit perdre si tôt? Et d'une amitié (me permettrez-vous ce mot) pour laquelle on a si peu le droit d'espérer quelque retour ? Veuillez résoudre cette question, mais quelque décision que vous me donniez, croyez que mon tendre attachement pour vous ne finira qu'avec ma vie.

Claire de Duras

Voulez-vous bien, dear Madam, régler mes comptes avec M. d'Arlens; peut-être ne vous aura-t-il pas encor quittée. Je réclame mes petits épilobes, je crains qu'étant déjà un peu flétris, demain ne fût trop tard pour les dessécher. Adieu. Quelle aimable journée j'ai passée! Qu'elle m'a paru courte et que je regrette qu'il en reste si peu !

Croyez-vous donc que, depuis le temps de la Barbe bleue, les femmes se sont corrigées de la curiosité? Non, Madame, puisque vous mettez la mienne à une si rude épreuve, je ne sais comment j'ai pu résister jusqu'à présent, et je vous prie de me relever de mon vœu d'obéissance, ou je ne réponds pas du sort du fatal ruban.

Quelle contrariété j'ai éprouvée hier en ne vous trouvant pas chez vous ! Mais aujourd'hui, ne nous verrons-nous point? Disposez de moi entièrement. Si vous êtes fatiguée en revenant ce soir, J'irai vous dire adieu à la Chaumière. Si vous aimez mieux venir ici, je vous ferai préparer du thé, mais il faut absolument que nous nous voyions.

Adieu. Quel vilain mot, je n'aime pas du tout à l'écrire et je serai si triste de le prononcer. »

Il eût été fort intéressant de savoir en quels termes Mme de Duras raconta son séjour à Lausanne.

On lit, dans les Mémoires d'outre-tombe : « Toute l'émigration, tout un monde fini s'était arrêté quelques moments dans cette cité riante et triste, espèce de fausse ville de Grenade. Mme de Duras en a retracé le souvenir dans ses Mémoires. » Pages inachevées, rédigées vingt ans après, et restées inédites : elles seraient moins précises et moins confidentielles que les lettres qui suivent :