Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire · Livre III — Chateaubriand ambassadeur et plénipotentiaire (suite)
La duchesse de Duras → Chateaubriand, 6 novembre [1822], Paris
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
Paris, 6 novembre [1822].
Songez que là où vous êtes, il faut être bien avec tout le monde. Vous n'allez pas ou vous allez peu chez Me de Liéven; de la je ne sais quel air de gêne et de contrainte. Je me réjouis que la princesse Tolstoï soit arrivée, j'espère qu'elle va faire son devoir d'amie. Il faut qu'elle ait une maison, que vous y soyez tous les soirs, qu'elle voie les Empereurs, qu'elle fasse des frais. C'est ainsi que se conduit le monde, où les grandes choses sont portées par les petites... En attendant, cher frère, allez à Mantoue : vous n'en reviendrez pas plus chargé d'argent que le berger de Virgile. Nous sommes ici, en ce qui touche les affaires d'Espagne, un jour a la guerre, un jour à la paix. Jamais Paris n'a été si stagnant. C'est à mourir d'ennui. Savez-vous un bon mot de Mme de Puisieux sur le marquis de Bonnay? Elle le voyait boire un verre d'orgeat : « Dieu! dit-elle, il boit son sang ! » Cela m'a fait rire1.
1. Citée dans La Duchesse de Duras, par A. Bardoux. ↩