Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion
Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
La vivacité de l'avant-dernière phrase jeta Mme de Duras dans un trouble profond : non pour la menace des « noirceurs » auxquelles tout lui disait que sa chère Nathalie était incapable de s'abaisser ; mais pour la sorte de déloyauté qui consisterait à disputer un cœur à une parente et amie, qui était en possession de ce cœur bien avant elle, et qui lui avait fait connaître Chateaubriand, sous son propre toit, à Méréville.
Toujours droite et franche, même au milieu de la passion, elle soumit aussitôt ses scrupules au cher frère, si étranges qu'ils fussent, surtout lancés à cette adresse.
L'absolu de la réponse n'est pas moins curieux que celui de la demande. Chateaubriand lui répond : « Quelle folie ! chère sœur. Mme de Mouchy [Nathalie] sait que je l'aime, que rien ne peut me détacher d'elle... Sûre ainsi de moi, Me de Mouchy ne me défend ni de vous voir, ni de vous écrire, ni même d'aller à Ussé, avec ou sans elle. Si elle me le commandait, sans doute elle serait aussitôt obéie, comme je vous l'ai dit cent fois. Vous ne le trouvez pas mauvais. Vous m'en estimez davantage. »
La franchise et la simplicité en tout, sans en excepter les choses du sentiment, telle était la règle invariable de Mme de Duras. Il s'en faut qu'on ait le droit d'en dire autant de René, du moins en fait d'amour ; car ses passions ne furent pas toujours successives. Mme de La Tour du Pin, qui ne mâche pas le mot, va tout à l'heure parler d'un « sérail » à propos de lui.