Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion · Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion (suite)
Mme C. de Duras → Rosalie de Constant, 17 mai 1810, Tours
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Tours, ce 17 mai 1810.
J'avais commencé cette lettre à Paris, elle a été interrompue sans que j'aie pu la reprendre. Pendant les derniers jours que j'ai passés à Paris, j'ai été dans une agitation perpétuelle. Nous avons eu un mariage dans notre famille : Mme de Noailles1, petite-fille de M. de Noailles qui est à Rolle, et sœur d'Alexis2, a épousé M. de Vérac, le fils de celui qui était, avant la Révolution, notre ambassadeur en Suisse. Je regarde cette aimable Euphémie comme ma fille, et, connaissant beaucoup M. de Vérac, c'est moi qui ai eu l'idée de ce mariage et qui m'en suis beaucoup mêlée. Le contrat, les présents, tout s'est passé chez moi, et, au moment de mon départ, je n'ai pu disposer d'une minute. Voilà, ma chère Rosalie, la raison de ce retard. Je vous écris de l'auberge de Tours où je suis retenue par un mal de gorge de Félicie. Je compte me mettre en chemin demain pour ma solitude, que j'ai bien envie de retrouver.
1. Fille de Louis-Marie, vicomte de Noailles, blessé mortellement en mer sur le Courrier, mort le 9 janvier 1804 à La Havane. Fait d'armes. Tableau de Gudin au château de Mouchy. ↩
2. Louis-Joseph-Alexis, comte de Noailles, 1er juin 1783 - 14 mai 1835. ↩
Je n'ai pas entendu parler de M. Constant. Je lui avais écrit et il avait bien voulu me répondre qu'il viendrait chez moi, à son retour de la campagne. J'ai pris le parti de remettre les Martyrs et le présent de M. de Lévis à un vieux serviteur à moi qui va dans son pays. Ce pays est Châtel-Saint-Denis près Vevey. Il passera à Lausanne, ou bien il trouvera une occasion pour vous faire parvenir le paquet. Si vous en trouvez pour le faire réclamer, mon vieux domestique se nomme Cardinaux et demeure dans la Grand'rue à Châtel-Saint-Denis. Donnez-moi de vos nouvelles, ma chère. Cette lettre est sur la pointe d'une aiguille. Je vous écrirai longuement d'Ussé. Je pars, je n'ai que le temps de vous dire adieu, de vous demander de m'aimer toujours. L'absence ne doit plus rien changer de notre amitié. Je jouis doucement de la sécurité de la vôtre. Rien n'est plus doux que la pensée d'un intérêt dans la vie qu'on ne paie ni par des inquiétudes, ni par des peines d'aucun genre; qu'on est sûr de retrouver toujours le même. Cela vaut mieux que les passions qui dévorent et ne laissent qu'un cœur vide et si grand que rien ne peut plus le remplir. Adieu. Adieu. Écrivez-moi.