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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Clédat → Mme de Duras, [1826]

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Clédat → Mme de Duras, [1826]

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 479 · chapitre 430 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Madame de Clédat2 à Madame de Duras.

2. Fille de ce Moreau dont on a publié les Souvenirs, chez Plon. ↩

Sans date [1826]

J'ai rendu un homme bien heureux en lui faisant lire Édouard. Dans son ravissement il m'a écrit une lettre que je joins ici comme un hommage qui vous est dû et comme exprimant un jugement qui me paraît excellent. J'ai été enchantée de l'expression du défilé qui n'a qu'une issue : elle peint bien le malaise, plein de charmes toutefois, qui oppresse pendant la lecture. Vos sujets sont des tours de force; on croit d'abord qu'ils outrepassent les bornes du talent, mais les situations sont si heureusement amenées, le style est si naturel, les pensées si profondes, qu'on est entraîné au dénouement comme par la fatalité. Il me semble vous entendre discuter encore cette grande question où l'autorité de Pascal et certains exemples des malheurs de la Révolution me rendaient incertaine, mais où je vous trouvais d'autant plus éloquente. Je ne sais, il me semble que des barrières toujours franchies par les esprits supérieurs sont peut-être utiles au bonheur du plus grand nombre. La nature, qui rend l'enfance imitatrice de ses parents et qui donne dans la vie tant de charmes aux souvenirs de l'enfance, n'a-t-elle pas placé le bonheur dans la situation qui nous a vus naître? et les talents employés a se distinguer dans l'état de son père ne sont-ils pas plus propres à rendre heureux que ceux employés à en sortir? Je sais qu'il y a de grandes exceptions à faire, mais trop de facilités ne font-elles pas désirer à trop de gens d'être dans l'exception ? Je m'aperçois, Madame la duchesse, combien je deviens ridicule, mais il me semble encore vous entendre la dernière fois que j'ai eu l'honneur de vous voir : il en est de vos paroles comme de certaines musiques qui restent toujours dans l'oreille, et on serait presque tentée de soutenir près de vous de mauvaises thèses pour avoir le plaisir d'être battue. Vous allez être maintenant l'unique sujet de conversation entre M. de Martignac et moi, nous allons revivre à Faverange et à l'hôtel d'Olonne. Heureux qui peut passer sa vie en si bonne compagnie. Comme la bonté y était de bon goût! Que de grâce, de noblesse, de facilite ! On peut faire des concessions politiques quand on est sûre de conserver l'empire des mœurs. Mais maintenant, y a-t-il autant d'aménité qu'à l'époque où rien n'était ni envahi ni défendu?