Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Chateaubriand → Mme de Duras, [1817]
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Voir le fac-similé.
[1817].
C'est donc moi qui dois vous consoler, lorsque j'avais besoin de tant de consolations. Pour ce qui me regarde, ne vous affligez pas : la seule chose que vous ayez à redire au Duc [de Richelieu], c'est qu'à l'époque des Chambres, rien n'est faisable, et que, si c'est là l'idée qu'on a, il n'y a rien à faire, et il faut renoncer à tout rapprochement. Quant à ce que je pourrai devenir, il sera temps de nous lamenter, quand le jour sera venu. Tant d'événements, de hasards, de circonstances, peuvent déranger nos projets, que c'est folie de pleurer d'avance.
Pour vos chagrins particuliers, c'est une autre affaire. Mais, chère sœur, la vie ne vaut pas mieux que cela : être trompé dans ce qu'on aime le plus, c'est comme tout le monde. Ou votre fille est entraînée par la jeunesse, et elle vous reviendra; ou elle ne reviendra pas, et vous serez dans la position où nous sommes tous. Moi, très certainement, je ne vous abandonnerai jamais : c'est une faible consolation, mais c'en est une. Je sens bien que mon dilemme ne vous convaincra pas, et qu'un dilemme n'empêche pas le cœur de saigner. Pourtant, il y a un repos dans la nécessité, et c'est ce qui fait que tant de victimes sont mortes courageusement dans la Révolution. Mourez au moral pour ceux qui ne vous aiment pas, et vivez pour ceux qui vous aiment.
Je ne sais combien de temps nous serons encore ici. Mme de Ch [ateaubriand] est un peu mieux dans ce moment. Ecrivez-moi.