Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Mme de Duras → Mme Swetchine, [1817], Andilly
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Andilly [1817].
N'ai-je pas été indiscrète de porter ici deux volumes de ces Mémoires de Dangeau? J'espère que non. Ils m'amusent, ils se font lire comme tout ce qui est écrit, tous les livres où l'on trouve des noms propres et tout ce qui parle de Louis XIV. Il y a une magie dans ce grand nom ; il a laissé de lui une trace qui ne s'est point effacée, et vous en serez frappée en voyant Versailles. Là, il n'y a rien entre lui et nous. Il nous a fait bien de l'honneur, disait un paysan du Rouergue, et, pour les Français, c'est tout. Qu'importe qu'on ait souffert en détail? Il avait placé la France au-dessus de toutes les autres nations. Cela éternisera encore un autre nom que le sien, et qui le mérite moins, car il n'eut jamais sa bonté ni sa grandeur.
Je cause donc avec vous, et cela me fait plaisir. Je suis si sûre que cette lettre sera reçue comme elle est écrite, bonnement, simplement. Je n'aurais dit à personne ce que je viens de vous dire [allusion à des confidences supprimées] ; qu'on aurait été heureux de faire là-dessus des commentaires! Mais avec vous, je ne redoute ni la tracasserie, ni la malveillance. Je crois en vous ; l'amitié est une foi. Mais comment m'avez-vous donné cette confiance? Ne me l'ôtez jamais, ne me donnez pas de mécomptes, ils me font trop de mal. Je reviendrai vendredi et j'espère que je vous verrai le soir. Ne venez pas trop tard.
Ma petite maison va son train ; j'espère que dans quinze jours je pourrai vous la montrer, c'est-à-dire que vous en verrez les murailles. Tout est à faire : il faudra toute votre imagination pour la comprendre. Pour moi, je suis comme un auteur pénétré de son sujet : je vois l'ensemble, les détails, rien ne m'échappe. Si je peux vivre et me guérir l'âme, peut-être que je serai heureuse là. Qui sait? Mais vous m'avez fait du bien, et c'est ce que je ne croyais pas possible. Adieu, à vendredi. Clara vous embrasse.