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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Duras → Rosalie de Constant, 12 octobre [1824], Paris

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Duras → Rosalie de Constant, 12 octobre [1824], Paris

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 454–455 · chapitre 394 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Paris, 12 octobre [1824].

Chère Rosalie, j'ai bien des torts. Voilà un abominable silence, surtout lorsque vous étiez souffrante ; vous m'avez donné de vos nouvelles, mais ce n'était pas assez, et quoique je vous susse mieux, je n'aurais pas dû remettre ainsi au lendemain à vous parler de vous et à vous dire du moins que j'avais reçu vos lettres et que je m'étais transportée auprès de ce lit où vous étiez si bien soignée. J'ai été aussi auprès d'un lit. M. de Duras a été aussi sans marcher pendant un mois d'un mal au genou. Cela n'était pas dangereux, mais bien pénible. Il va mieux et je retourne à Saint-Germain, car depuis que je vous ai écrit, j'ai vendu ma maison d'Andilly à M. de Talleyrand qui la désirait depuis long-temps ; et j'ai loué quelque chose à Saint-Germain pour l'été, à portée de ma tante, Mme de Poix, et de plusieurs personnes de mes amies. Ce séjour me plaît assez, c'est la campagne sans la solitude, et j'y ai du moins la place de recevoir quelques amis chez moi, ce que je n'avais pas à Andilly à cause de la petitesse de la maison.

Pensez donc à moi à Saint-Germain. Cela ne fera pas un grand changement dans votre imagination. C'est aussi une montagne et une forêt et une belle vue à laquelle il ne manque qu'un horizon de montagnes et de glaciers.

Parlez-moi de votre santé. Je n'aime pas que vous entriez dans l'hiver avec un reste de souffrance ; je voudrais vous savoir forte et bien pour reprendre, pour l'année prochaine, mon projet favori de vous avoir pendant quelque temps avec moi. Ne me dites pas que c'est impossible. Est-ce que vous reconnaissez l'impossible ? Il y a bien peu d'années que j'ai consenti à trouver une signification à ce mot; cela a été pour moi le signal de la vieillesse.

Vous êtes trop bonne de désirer que le portefeuille eût été rempli. Si je trouvais une occasion sûre, je vous enverrais Édouard, mais je n'en ai qu'une copie, et je craindrais qu'il ne fut perdu, et puis surtout cela n'en vaut pas la peine. Je vous enverrai ce qui vaut bien mieux, c'est un petit volume intitulé Au village. Je suis sûre que cela vous plaira. Il y a un charme, une paix qui se comet des calmans, mais il y a des calmans de plusieurs sortes, ceci n'est pas de l'opium, c'est plutôt de l'eau de tilleul. C'est un esprit sage et bien rangé, qui prend la vie comme il faut la prendre et qui sait s'arranger du bonheur et ne le faire dépendre que de ce qu'il est facile d'atteindre, qui a renoncé à croire possible ce qui ne l'est pas, et qui en est venu là sans amertume.

Adieu. Je vais partir. Ecrivez-moi. Ne suivez pas ce vilain exemple que je vous ai donné.