Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand
Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
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N'est-ce pas comme s'il lui donnait congé? « Vous qui avez tant et de si FIDÈLES amis, venez au milieu d'eux pour ne plus les quitter !... »
Après cette lettre, pourquoi chercher à expliquer l'absence de toutes relations écrites autrement que par une interruption totale? Ce fut le silence, le parfait silence entre eux, jusqu'au jour où Mme Récamier prévint Chateaubriand qu'elle était rentrée dans sa cellule et qu'elle désirait le voir. Les visites de Chateaubriand à l'Abbaye redevinrent quotidiennes. Mais de lettres connues ? point. Pourquoi ? Me Lenormant répond dans les Souvenirs de Mme Récamier : « Par un accident que je déplore, et que je ne peux m'expliquer que par la cécité dont Me Récamier fut atteinte pendant les dernières années de sa vie, les lettres, en petit nombre, que M. de Chateaubriand lui adressa à cette époque si grave de sa vie manquent toutes à la collection. » De son côté, Sainte-Beuve suppose que « ces lettres, après son renvoi du ministère, devaient renfermer trop d'éclats de colère et de haine vengeresse, ce qui, sans doute, les aura lait, des longtemps, supprimer& ». Il n'y eut ni perte ni suppression, après le renvoi et jusqu'au mois de juin 1825, c'est-à-dire pendant l'année qui suivit la fameuse destitution, 6 juin 1824 ; mais rareté, et finalement, d'aure part, le feu de la passion première, allumé en
1818-1819 - si jamais il y eut feu du côté de Chateaubriand — était tombé depuis des années. Restait l'amitié, devenue pour lui cette chose idéale, synonyme de bonheur, l'habitude. On lit dans René : « Si j'avais encore la folie de croire au bonheur, je le chercherais dans l'habitude. Il visitait Mme Récamier tous les jours, à la même heure. Et « cette perpétuelle assiduité de l'ancien propriétaire » de la Vallée-aux-Loups n'était pas sans « déplaire » fortement au propriétaire actuel, M. de Montmorency, et sans l'inquiéter beaucoup. Il en faisait l'aveu à Mme Récamier dans une lettre datée de Bonnétable, le 30 juillet 1825. Done, des visites, oui; mais, encore un coup, point de lettres. La raison en est peut-être que Mme Récamier montrait à ses amis et amies les lettres qu'elle recevait de Chateaubriand : telle, Mme de Bérenger ; tel, Adrien de Laval. Elle les montrait soit par un sentiment d'admiration, et pour le communiquer autour d'elle ; soit pour s'en faire un titre de gloire et par coquetterie, pour stimuler, comme d'un aiguillon, les autres amitiés rivales. Il est certain qu'à une époque décisive de sa vie politique, Chateaubriand eut à se plaindre de certaines indiscrétions commises par Me Récamier et qu'il en redouta les suites.