Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 7 juin [826], Saint-Germain
Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.
Saint-Germain, 7 juin [826].
Hélas! ma chère, je voudrais bien dire oui à votre bonne proposition et aller vivre ou mourir avec une si excellente amie, mais comment voulez-vous qu'une personne qui ne peut supporter une heure et demie de promenade à âne (au pas) puisse faire le voyage en Suisse. Voilà où j'en suis. Je passe la journée à la torture pour manger un blanc de poulet et une soupe et je suis si faible que c'est un effort que d'écrire deux pages.
M. de Chateaubriand ne me croira malade que quand je serai morte : c'est sa manière; elle épargne bien des inquiétudes, et si j'avais eu cette manière d'aimer, il est probable que je me porterais mieux. Je finis, ma chère, de fatiguer, de souffrir. Le ciel m'avait donné une grande force de caractère; j'ai lutté longtemps, mais les provisions sont épuisées. Ne vous attristez pas, nous nous reverrons ailleurs, mais ne me reprochez pas de regretter la vie avec ce que je laisse après moi. Je vous embrasse, car ma tête se prend et je ne puis plus écrire.