Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand · Livre II — Madame de Duras protège Chateaubriand (suite)
Chateaubriand → Mme de Duras, 10 août 1820, Paris
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Paris, ce 10 août 1820.
Votre petit mot m'a fait grand plaisir. J'espère qu'au moment où je vous écris, vous reprenez santé et courage. Vous resterez, comme je vous l'ai prédit, de longues années après moi dans ce monde pour me faire vivre dans votre amitié, au-delà de ma vie. J'ai beaucoup souffert et je souffre encore : je suis redevenu sourd d'une oreille, comme l'année dernière. Je vais recourir au même remède. Je pars dimanche prochain pour aller voir ma nourrice, la mer. l'irai à Dieppe, je m'y baignerai quelques jours, puis je reviendrai à Paris par Fervacques et Montboissier. Je ne serai guère absent plus de quinze jours. Je vous écrirai de la route.
Je ne veux point importuner M. de Duras] de mes affaires ; je n'y pense plus ; je ne sais pas pourquoi on avait pensé à moi, puisque je ne demande rien. Ces gens-là ne peuvent pas vouloir de moi, nous l'avons dit cent fois. Je vivrai1 ma destinée. J'écris dans ce moment, et je ne sais ce que je ferai de ce que j'écris. Au reste toute cette machine tombe : j'aurai averti de sa chute, et je me ferai écraser sous ses ruines. Que peut-on de mieux, quand on veut comme moi le Roi et les libertés publiques ? Si J'échappe et que je survive a la monarchie, j'irai achever dans une chaumière, en Suisse, l'histoire de France. Vous y viendrez, et nous parlerons de ces hommes dont nous n'aurons ni méconnu les fautes, ni abandonné les malheurs. Ecrivez à Dieppe, poste restante. Mille choses à votre aimable fille.
1. Ou « suivrai ». ↩