Aller au contenu
L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Chateaubriand → Mme de Duras, 12 juin 1826, Lausanne

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Chateaubriand → Mme de Duras, 12 juin 1826, Lausanne

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 485 · chapitre 441 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Lausanne, ce 12 juin 1826.

Je vous écrivais de mon côté, tandis que vous m'écriviez du vôtre. Votre bonne écriture m'avait tout réjoui, et puis j'ai trouvé que vous souffriez de nouveau. Je vous prêche une patience que je devrais avoir pour moi. Je souffre des maux cruels dans la jambe droite. Le pays est affreux pour les rhumatismes. Mes nuits sont comme celles du maréchal avant qu'il fût ambassadeur. Je les passe assis dans mon lit avec des rages de jambes comme on a des rages de dents. Le jour je me traîne sur une béquille sous le bras. Convenez que je prendrais bien mon temps pour être amoureux avec des lunettes sur le nez et une béquille sous le bras. Mme de Ch... n'est pas bien. Les crachements de sang sont revenus, et nous passons les jours à nous regarder mutuellement. Tout cela hâtera nécessairement mon retour. Aussitôt que les ouvriers seront enfin hors de l'hermitage de l'Infirmerie, nous nous mettrons en route. Mme de Ch. partira vraisemblablement la première, dans la première quinzaine du mois prochain, et moi, je suivrai quinze jours après, quand tout sera meuble et ma retraite assurée.

Je plains bien cette pauvre femme [Madame de Bérenger]. Je l'avais pourtant entrevue, je ne sais quel jour, à votre porte : elle m'avait semblé belle et bien portante.

Frisell est allé loin, mais dans un mois il sera en France, et j'espère qu'il ne nous quittera plus. Je vous écris le 12 : c'est vraisemblablement aujourd'hui même que les journaux annoncent ma première livraison. Que de bruit et d'injures ! Et moi, je vois le grand lac si tranquille, et il y a tant de silence et de bienveillance ici autour de moi.

Avec un peu moins d'ingratitude, on m'aurait épargné ces nouveaux combats, et je n'aurais pas fini ma vie comme je l'ai commencée, au milieu des cris des partis, des insultes payées ; et tout cela pour avoir défendu loyalement la Religion et le Roi.

Je ne sais rien, comme vous le croyez bien, de politique, et je ne m'en soucie guère.

Ah ! mon pauvre Abencerage! Le voilà donc sorti de sa solitude et livré au monde ! Cela fait saigner le cœur. Allez-vous à la mer?