Livre V — Madame de Duras et sa fille Félicie · Livre V — Madame de Duras et sa fille Félicie
Mme de Duras → Rosalie de Constant, 1er janvier 1824, Paris
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Paris, 1er janvier 1824.
Chère Rosalie, je ne veux pas commencer l'année sans penser à vous ; je vous envoie deux souvenirs : l'un est une vue de Vaucluse que vous aimez; l'autre est une petite nouvelle que j'ai faite ii y a deux ans et dont j'ai fait imprimer cette année quelques exemplaires pour mes amis. Le fond de l'histoire est vrai. Ourika fut rapportée par le chevalier de Boufflers à Mme la maréchale de Beauvau, mais, hors leurs deux caractères et la triste cause de la fin d'Ourika, tout le reste est d'imagination.
Vous ne m'avez pas écrit depuis longtemps. Il est vrai que je vous dois une réponse, mais je n'ai pas été contente de cette lettre à laquelle je n'ai pas répondu. Elle n'était pas si amicale que la première. Vous aviez l'air d'avoir repris votre pardon.
Je vous écrirai plus longuement un autre jour ; je suis moins souffrante, c'est-à-dire, moins affligée, et cependant ce n'est pas là le mot propre. Il y a des retours qui ne me sont plus possibles ; la volonté d'être mieux à l'avenir n'efface pas le passé ; mais c'est quelque chose que d'avoir des sentiments moins amers, de se dire qu'une autre, peut-être, avec une façon de sentir plus mobile el plus légère, se consolerait et oublierait...
Parlez-moi de votre santé dont vous n'étiez pas contente. Adieu. Je veux que cette lettre parte aujourd'hui, c'est ce qui fait qu'elle est si courte. Soyez heureuse toute cette année et beaucoup d'autres.
Clara est bien lourde. Elle accouche dans trois semaines.
C. de DURAS.
J'adresse la petite caisse à M. Pictet de Rochemont à Genève.