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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme de Duras → Rosalie de Constant, 3 décembre [1827], Nice

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras · Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Mme de Duras → Rosalie de Constant, 3 décembre [1827], Nice

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 513 · chapitre 481 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Nice, 3 décembre [1827].

Je veux commencer par vous dire, chère amie, qu'il n'est arrivé aucun paquet pour moi à Gênes ; le consul a cherché partout... A qui, comment l'aviez-vous adressé? Dites-le-moi, car je ne veux rien perdre de ce qui vient de vous et de l'excellent M. Huber. J'ai commencé par cet article pour ne pas l'oublier. Je l'aurais fait si j'avais commencé par ce pauvre Auguste. Ah! ma chère, quelle mort ! Cela m'a fait beaucoup de peine et une grande pitié, car il est mort à la peine de ces nouveaux devoirs qu'il s'était donnés. Il s'était imposé plus de vertu qu'il n'en a pu porter. Quel abus du raisonnement dans les meilleures choses ! Il a rompu une amitié innocente, aussi innocente dans mon opinion que celle de Mathieu pour sa mère [Mme de Staël]; il a fait le malheur de Mme de Sainte-Aulaire, il a épousé une femme qu'il n'aimait pas et a fait de sa maison une espèce de château de Grandisson. Elevé près de Mme de Staël, accoutumé à ce mouvement, cette activité, cette vie que son inépuisable esprit répandait autour d'elle, il n'a pu supporter la règle, la monotonie de son nouvel intérieur; il est mort au milieu de toute cette perfection. Il était content de lui, peut-être, mais il n'était point heureux. C'est ce que j'avais dit, il y a un mois, en recevant une lettre de lui. Il le sera dans un meilleur monde, il faut l'espérer, mais je le plains de toute mon âme... Et cette femme, qui ne l'a point soigné parce qu'elle était grosse ! Oh ! Dieu! que de vertus vous me faites haïr! La pauvre Albertine1 aura été bien malheureuse, et d'autant plus qu'elle a été pour beaucoup dans toute cette affaire. C'était un excellent homme que M. de Staël, mais il manquait de caractère, il s'est forcé et il est mort à la peine. Moi, je crois que je mourrai à la peine de finir cette lettre. Je vous quitte jusqu'à demain.

1. Ida-Gustavine-Albertine de Staël, mariée le 20 février 1816 à Achille Léonce-Victor-Charles, duc de Broglie. ↩