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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras

Livre VIII — Les dernières années de Mme de Duras (suite)

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 480 · chapitre 431 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Un jour de février en 1826, le 25, Chateaubriand était chez Mme de Duras, rue de Varennes, lorsqu'elle reçut une lettre de Frisell. Elle était si souffrante qu'il lui fut impossible d'écrire les dix lignes que Frisell lui demandait. Baisser la tête lui causait des étourdissements, qui lui faisaient plus de peur que de mal. Chateaubriand fut chargé de répondre.

Vous désirez, mon ami, passer votre hiver au coin du teu de Mme de Duras ; je le désire aussi bien vivement pour vous... Vous auriez le bonheur d'être au milieu de vos amis, pourtant vous ne me retrouveriez plus; vous aviez sans doute pressenti mon projet dans la lettre que je vous écrivais, il y a quatre mois. J'ai résisté à ma destinée tant que je l'ai pu, mais il faut qu'elle s'accomplisse. Je quitte la France où je ne puis plus demeurer, je vends mes guenilles et je vais en Suisse pour travailler, et ensuite le monde sera devant moi. Mme de Chateaubriand est déjà repartie, elle est allée faire une pause dans le midi de la France, tandis que je mets ici son lit et le mien à l'encan ; et aussitôt que j'aurai fermé les portes et remis les clefs, elle viendra me rejoindre dans les environs de Lausanne. Ainsi va le monde, mon bon ami. J'ai servi fidèlement trois rois, trois frères ! et j'ai été dépouillé sous les trois frères : de mon patrimoine sous Louis XVI, de ma petite Vallée et de mes livres, sous Louis XVIII, de mes pensions et de mes traitements sous Charles X. Qu'importe ! Vive le Roi quand même ! J'espère que le travail auquel je me livre empêchera ma femme de mourir à l'hôpital. Mon ambition ne va pas plus haut que cela, et je ne demande à Dieu un peu de santé que pour nous mettre à l'abri de la dernière misère. Vous partez, mon cher ami. Vous allez revoir Grenade et le beau pays que j'ai parcouru dans des jours plus heureux, et déjà bien loin de moi. Saluez pour moi toutes les scènes où j'ai laissé ma jeunesse. Quelque part que je sois, vous aurez là votre meilleur ami1.

1. Publiée par M. J. Fraser, dans le Correspondant, 25 septembre 1897. ↩

Chateaubriand avait demandé à Mme de Duras de lui rendre le service d'écrire à Rosalie de Constant pour lui trouver, à Lausanne ou près de la ville, une petite maison qui ne fût pas trop chère. Si douloureux qu'il fût à la malade de se pencher et de tracer quelques lignes, nous la connaissons assez pour deviner qu'elle brava la fatigue, les douleurs atroces et les étourdissements qui lui faisaient si grand peur, et qu'elle se mit, dès le lendemain de la visite du cher frère, à écrire la lettre demandée. Il lui fallut s'y reprendre à plusieurs fois et pendant quatre jours, du 26 février au 2 mars ; et encore la lettre est-elle très courte; mais qu'elle est donc touchante d'efforts, de « « confiance » et d'affectueuse sollicitude !