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L'Enchanteur 1768—1848
La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits Mme Cl. de Duras → Mlle Rosalie de Constant, 15 septembre [1805], Berne

Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion · Livre premier — Enfance et jeunesse - amitie et passion

Mme Cl. de Duras → Mlle Rosalie de Constant, 15 septembre [1805], Berne

La duchesse de Duras et Chateaubriand d'après des documents inédits · 2 min de lecture · p. 41 · chapitre 9 sur 505

Texte issu de la reconnaissance optique du fac-similé de Paris : Perrin, 1910, non relu : des erreurs de lecture subsistent. Chaque numéro de page ouvre la page scannée, pour vérifier une lecture. Voir le fac-similé.

Madame Cl. de Duras à Mademoiselle Rosalie de Constant1.

1. Bibliot. de Genève, Mcc. 53. ↩

Berne, 15 septembre [1805].

C'est votre constante bonté qui vous a fait penser à me donner votre adresse à Choully... Combien je vous en remercie ! Sans elle je ne pourrais vous dire que je vous regrette, et mon cœur en a besoin. C'est avec tant de tristesse que je me suis éloignée du lieu que vous habitez, dont vous m'avez rendu le séjour si doux et si agréable. Ces six semaines ne s'effaceront point de mon souvenir... Mais pourquoi dis-je six semaines ? Ne croyez-vous pas que j'ai habité Lausanne bien plus longtemps ? Pour moi, j'en suis sûre, et je le sens à mon tendre attachement pour vous qui a la solidité d'une ancienne connaissance.

Vous rappelez-vous le joli chapitre de Montaigne sur l'amitié qu'il appelle une sainte couture? Eh bien ! il ne croit pas qu'un long temps soit nécessaire pour la former. Je voudrais, dearest Madam, vous réconcilier à cette doctrine, et, pour m'appuyer encore d'un aimable auteur, si je trouve à Paris le petit manuscrit de M. de Boulon intitule, Des affinités, Je vous l enverrai.

Ne soyez point étonnée de ne pas recevoir encore votre petite boîte. Je n'ai rien trouvé sur ma route qui valût la peine de faire le voyage. J'ai ramassé quelques labiées que vous avez sûrement, mais que je garderai parce qu'elles ont crû sur le terrain de Saint-Gilles où s'est donné ce touchant et malheureux combat de la liberté helvétique contre la rage révolutionnaire française. L'aspect du lieu est d'accord avec les idées tristes que font naître ces souvenirs : un bois de noirs sapins ombrage le village qui, d'ailleurs, n'a rien de bien remarquable. J'ai été enchantée de Gruyère et surtout de la route à Châtel-Saint-Denis ; l'arrivée à Berne est admirable, d'autant qu'un ciel pur et sans aucun nuage nous permettait de distinguer la chaîne entière des Hautes-Alpes et le superbe rideau de l'Oberland... Mais y a-t-il dans le monde quelque chose d'aussi beau que notre cher lac ? Non, sûrement ; - et pour moi, je n'en conviendrai jamais.

Vous aurez trouvé, j'espère, tous vos amis en bonne santé, et leur société aura contribué à faire oublier bien vite la pauvre amie d'un jour... Est-il vrai ? Non ! je ne veux pas le croire, cela me ferait trop de peine et trop de mal. Je voulais n'écrire qu'un mot, et voilà que je n'ai plus de place. Mille tendres compliments et hommages à Mme de Charrière. Souvenir à M. et Mme d'Arlens.

Adieu, aimable et chère..... Oserai-je dire... Rosalie... oui ! à la condition qu'elle se souviendra que Claire ne cessera jamais de lui être tendrement attachée.

P. S. - Nous partons dans un quart d'heure pour Thoune.