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L'Enchanteur 1768—1848
Mémoires d'outre-tombe, frontispice du tome I

Œuvres

Mémoires d’outre-tombe

Publié : 21 octobre 1848 · rédaction commencée en 1809 ·

Commencés en 1809 sous le titre de Mémoires de ma vie, achevés en 1841, révisés jusqu’en 1846 (42 livres). Publiés en feuilleton dans La Presse à partir du 21 octobre 1848, puis en douze volumes (1849-1850).

Genèse

Commencés en 1809 sous le titre de Mémoires de ma vie (dont le premier chapitre est daté de la Vallée-aux-Loups, 4 octobre 1811), poursuivis par intermittence jusqu’en 1841, révisés jusqu’en 1847. Dès 1836, pour échapper à la gêne, l’auteur en cède les droits à une société qui lui verse une rente, à condition que l’ouvrage paraisse après sa mort.

L’œuvre

Quatre parties et quarante-deux livres : la jeunesse, la carrière littéraire, la carrière politique, la vieillesse. L’histoire d’un homme et celle de son siècle, de l’Ancien Régime à la monarchie de Juillet, entrelacées par le jeu des dates et des lieux d’écriture. Le livre consacré à Napoléon et celui consacré à Mme Récamier en sont des sommets.

Réception

Lus par fragments à l’Abbaye-aux-Bois, ils paraissent en feuilleton dans La Presse du 21 octobre 1848 au 3 juillet 1850, puis en douze volumes. Biré et Bardoux expliquent l’accueil décevant par cette publication : un livre haché, placé après les Mémoires d’un médecin d’Alexandre Dumas, au milieu des émeutes et des élections. Le volume coûtait 7 fr. 50, soit 90 francs pour l’ensemble.

« Pourquoi, quand ils parurent, ne reçurent-ils pas du public l’accueil qu’ils méritaient ? »

Bardoux, Chateaubriand · Lire le passage

Biré rassemble des jugements du temps. Sainte-Beuve, dans les Causeries du lundi, reconnaît des pages d’une grâce magique et dénonce un cliquetis d’érudition et de plaisanteries affectées. George Sand juge l’œuvre « sans moralité », tout en y voyant des pages « du plus grand maître de ce siècle ». Mme Swetchine y lit au contraire la vérité d’une nature :

« peint d’après nature, voilà pourquoi il choque tant. »

Mme Swetchine, cité par Biré, introduction à son édition des Mémoires d’outre-tombe (t. I)

Les chapitres sur Mme Récamier et la publication elle-même ont leur histoire : voir les manuscrits ci-dessous, et les états et fragments conservés à la BnF.

Éditions

Édition de référence au XXe siècle : Maurice Levaillant (édition du centenaire, 1948) ; Pléiade (Levaillant et Moulinier, 1951) ; édition de Jean-Claude Berchet (Classiques Garnier, 1989-1998, puis Livre de Poche). Le site cite le texte BnF de l’édition eBooksFrance.

Les manuscrits : la copie de 1847, l’affaire de 2013-2015, les chapitres retranchés

Le contrat de 1836 avec les éditeurs Delloye et Sala prévoyait des copies du manuscrit : l’une remise à l’éditeur, l’autre au notaire de celui-ci, Me Cahouët. En 1847, une nouvelle version, signée de la main de Chateaubriand mais écrite par des secrétaires, remplace la précédente, « dans une caisse fermée à trois clés chez le notaire » : 3 514 pages reliées en dix volumes, seule copie demeurée complète des trois que prévoyait l’accord. Elle reste ensuite dans l’étude, chez Jean Dufour, successeur de Me Cahouët, puis chez ses descendants (ActuaLitté, 25 novembre 2013 ; dépêches AFP des 9 septembre et 10 décembre 2015).

En 2012, Pascal Dufour, notaire, descendant de Jean Dufour, craignant que le manuscrit se dégrade ou soit volé, décide de le vendre. La vente est fixée au mardi 26 novembre 2013, à l’hôtel Drouot, par la maison Beaussant Lefèvre (expert Alain Nicolas), sur une estimation de 400 000 à 500 000 euros. Le 20 novembre, la Commission consultative des trésors nationaux recommande de classer le manuscrit trésor national, ce qui en interdirait l’exportation. Au dernier moment, la maison de ventes annonce une cession de gré à gré à la Bibliothèque nationale de France ; la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, salue une « acquisition exceptionnelle » de l’État ; on parle de 550 000 euros. La transaction n’a pas lieu.

Ce n’est pas un vol au sens propre : le manuscrit avait été confié en dépôt à l’étude, il n’appartenait pas au notaire. Poursuivi pour abus de confiance aggravé devant le tribunal correctionnel de Paris (audience du 10 septembre 2015), Pascal Dufour est déclaré coupable d’abus de confiance et condamné le jeudi 10 décembre 2015 à 25 000 euros d’amende ; le tribunal ordonne la confiscation du manuscrit. Son avocat, Me Patrick Maisonneuve, annonce qu’il fera appel. Le manuscrit est alors sous scellés à la Bibliothèque nationale de France, qui possédait déjà depuis 2000 une copie partielle des Mémoires. L’issue de l’appel n’est pas connue des sources consultées.

Une note de travail est à la médiathèque de Saint-Malo (Ms 329, acquise en 2003) : une page dictée, qui a servi de couverture et porte au dos la date du 23 avril. « Travail qui appartient à la fin de la seconde et au commencement de la troisième partie de mes mémoires, c’est à dire la fin de ma carrière littéraire, sous l’Empire, et au commencement de la carrière politique sous la Restauration. L’Année 1814 n’est qu’ébauchée, mais l’année 1815 depuis le retour de Bonaparte jusqu’à son départ pour Sainte Hélène (y compris sa mort par anticipation) est achevée et pourrait être imprimée. » La notice du Catalogue collectif de France attribue à Chateaubriand une parenthèse et, « selon toute vraisemblance », une rature. Le site n’a pas vu ce feuillet.

Des chapitres en ont été retranchés. Les quatre chapitres d’« Incidences » ou « Digression philosophique » (l’âme et la matière, le panthéisme, la conscience, le matérialisme et le christianisme), datés « Londres, d’avril à septembre 1822 », prenaient place au livre XI, entre le chapitre 4 et le chapitre 5, qui s’ouvre sur la mort de la mère. Remaniés en 1831-1832, lus à l’Abbaye-aux-Bois en 1834, où Sainte-Beuve les vit (« une grande dissertation sur l’âme »), retravaillés en 1835-1836, ils sont retirés avant 1845 et promis au feu. Deux copies en ont survécu au château de Combourg, l’une de Hyacinthe Pilorge corrigée par l’auteur, l’autre du copiste Poussin, qui travaillait aux copies destinées au notaire Cahouët. Georges et Mme Moulinier les ont publiées en 1947 dans le premier des Cahiers Chateaubriand (Georges Collas, « Quatre chapitres inédits des Mémoires d’outre-tombe », Annales de Bretagne, 1948, faits seulement).

Sources : Julien Helmlinger, « Une copie des Mémoires d’outre-tombe bientôt au Trésor national ? », ActuaLitté, 25 novembre 2013 ; « Un notaire jugé pour mise aux enchères du manuscrit des Mémoires d’outre-tombe », AFP, Tendance Ouest, 9 septembre 2015 ; « Mémoires d’outre-tombe de Chateaubriand : un notaire condamné, le manuscrit confisqué », AFP, Tendance Ouest, 10 décembre 2015. La liseuse donne, avec leurs images, quatre états et fragments conservés à la BnF : copie de passages du voyage de 1832, première version d’« Avenir du monde », avertissement du 4 janvier 1842, brouillon rejeté sur la fin des passions.

Textes en ligne

Texte en ligne : Mémoires d’outre-tombe ; préface testamentaire.

Extraits

« Je me suis rencontré entre les deux siècles comme au confluent de deux fleuves ; j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où j’étais né, et nageant avec espérance vers la rive inconnue où vont aborder les générations nouvelles. »

Mémoires d’outre-tombe, livre XLIII (conclusion), chapitre 9. · Lire le passage

« Les Mémoires à la tête desquels on lira cette préface embrassent et embrasseront le cours entier de ma vie ; ils ont été commencés dès l’année 1811 et continués jusqu’à ce jour. »

Préface testamentaire, 1er décembre 1833 (Wikisource). · Lire le passage

Ce qu’en ont dit les contemporains

« Celui qui fut tour à tour René, Chactas, Aben-Hamet, Eudore, l’Homère du jeune siècle, il était là, écoutant les erreurs de son Odyssée. »

Charles-Augustin Sainte-Beuve, après les lectures de l’Abbaye-aux-Bois, Portraits contemporains, 1834 (Wikisource). · Lire le passage dans Hippolyte Buffenoir, De Châteaubriand à Ernest Renan
Fragment autographe des Mémoires d'outre-tombe, avec ratures et corrections : des actuels chapitres 15 et 17 du livre XXIV (Longwood après la mort de Napoléon, le voyage au golfe Juan), avec d'importantes variantes (cartel de l'exposition)
Fragment autographe des Mémoires d'outre-tombe, avec ratures et corrections : des actuels chapitres 15 et 17 du livre XXIV (Longwood après la mort de Napoléon, le voyage au golfe Juan), avec d'importantes variantes (cartel de l'exposition) — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry
Mémoires d'outre-tombe, édition originale, Paris, Eugène et Victor Penaud frères, 1849-1850, douze volumes
Mémoires d'outre-tombe, édition originale, Paris, Eugène et Victor Penaud frères, 1849-1850, douze volumes — photo Rémi Vernier, 10 octobre 2026, exposition « La Vallée-aux-Loups et l'Abbaye-aux-Bois : les lieux d'un amour », Maison de Chateaubriand, Châtenay-Malabry

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