Député de la noblesse aux États généraux, l’un des hommes de la nuit du 4 août 1789, devenu un chrétien austère après la mort de son frère sur l’échafaud ; l’ami le plus ancien et le guide de Juliette Récamier. Ministre des Affaires étrangères de décembre 1821 à décembre 1822, il conduit la France au congrès de Vérone, où Chateaubriand, qu’il ne voulait pas y voir, lui est adjoint ; il démissionne le 25 décembre 1822 et Chateaubriand le remplace. Duc, académicien, gouverneur du duc de Bordeaux, il meurt le Vendredi saint 1826, à genoux dans l’église Saint-Thomas-d’Aquin.
En bref
| Naissance | 10 juillet 1767, à Paris (Mme Lenormant ; Wikidata ; son épitaphe). |
|---|---|
| Mort | Vendredi saint 24 mars 1826, dans l’église Saint-Thomas-d’Aquin, sa paroisse, agenouillé devant le tombeau du Vendredi saint ; « à 15 heures » selon son épitaphe, « à l’heure où Jésus expira sur la croix » selon les Mémoires (livre XXVIII, chapitre 11), « dans l’après-midi », une semaine après « un grave étourdissement » dans la rue du Bac, selon Biré. |
| Sépulture | Cimetière de Picpus (Mémoires, livre XLII, chapitre 3 ; Wikidata) ; son épitaphe est sur le mur gauche de la chapelle funéraire des La Rochefoucauld-Doudeauville (photographie de 2026). |
| Divergence | Dates du ministère : « du 24 décembre 1821 au 22 décembre 1822 » selon une note de Biré (t. IV) ; mais une autre note de Biré place la nomination au Moniteur du 15 décembre 1821 (« une ordonnance du 15 décembre 1821 », Mme Lenormant), et la démission est donnée le soir du 25 décembre 1822 (Mme Lenormant ; Chateaubriand à Mme Récamier, 26 décembre : « Mathieu a donné sa démission hier au soir ») ; le 26, il remet encore au duc de Wellington une note qui est, selon le Congrès de Vérone, « le dernier acte du ministère ». |
| Famille | Fils de la vicomtesse de Laval, qui lui survit, et d’un colonel du régiment d’Auvergne, où il fait ses premières armes en Amérique ; frère de l’abbé de Laval, guillotiné ; cousin germain d’Adrien de Montmorency, duc de Laval ; marié très jeune à Mlle de Luynes, dont il a une fille, Élisa, qui épouse Sosthènes de La Rochefoucauld (Mme Lenormant). |
| Lien | L’ami de Mme Récamier pendant plus de vingt-cinq ans ; pour Chateaubriand, un allié du parti royaliste, puis le ministre qui ne voulait pas de lui à Vérone, enfin le prédécesseur qu’il remplace aux Affaires étrangères (décembre 1822). « Cette lutte laissa entre M. de Montmorency et M. de Chateaubriand de la froideur, mais nulle amertume » (Mme Lenormant). |
| Rencontres | Chez Mme Récamier, à partir de 1817-1818 ; décembre 1820, la négociation qui fait entrer Villèle et Corbière au conseil et envoie Chateaubriand à Berlin ; Vérone, du 16 octobre au 22 novembre 1822 ; Paris, 2 janvier 1823 (la passation) ; un dîner chez Chateaubriand ministre au début d’avril 1824 ; le sacre (Reims, mai 1825) ; la séance de l’Académie du 9 février 1826 ; ses obsèques à Picpus, où Chateaubriand le suit « au fond de la fosse ». |
| La Vallée-aux-Loups | Adjugée en 1818 sur la mise à prix de 50 000 francs « par M. le vicomte de Montmorency, qui seul osa mettre une surenchère de cent francs » (Mémoires, livre XXV, chapitre 6) ; Mme Lenormant dit qu’il la loue de moitié avec Mme Récamier (automne 1818, été 1819) ; ses lettres de 1822 à 1824 sont datées du « Val-du-Loup », du « Val », de « mon vallon solitaire ». |
| Vérone | Chef de la délégation française au congrès ; le 20 octobre 1822, ses « communications verbales » posent aux alliés la question de leur appui en cas de guerre avec l’Espagne ; il quitte Vérone le 22 novembre, rentre à Paris le 1er décembre et reçoit le titre de duc, ayant refusé celui de duc de Vérone (Mme Lenormant). |
| Correspondance | 114 lettres dans la Correspondance (59 écrites, 55 reçues). Ses lettres à Mme Récamier (1802-1825) publiées par Mme Lenormant (1859 et 1874), avec une note trouvée dans ses papiers ; à Chateaubriand : trois lettres dans les Mémoires (20 décembre 1820, réponse évasive du printemps 1822, 17 août 1822), une dans le Congrès de Vérone (Milan, 24 novembre 1822) et deux extraits (1821, 27 février 1823) ; de Chateaubriand, les dépêches de l’ambassade de Londres (avril-août 1822). |
| Académie française | Élu le 3 novembre 1825 au fauteuil de Bigot de Préameneu, reçu le 9 février 1826 (réponse du comte Daru), à la séance où Chateaubriand lit son discours sur l’histoire de France ; il abandonne la pension de son fauteuil, qu’il fait offrir à Marceline Desbordes-Valmore (Mme Lenormant). |
| Gouverneur du duc de Bordeaux | Nommé le 11 janvier 1826 (Mme Lenormant) ; après sa mort, M. de Rivière lui succède (Mémoires, livre XXVIII, chapitre 16). |
| Dans les Mémoires | 24 mentions (relevé automatique) : livres XXIV (17) ; XXV (13) ; XXVI (11) ; XXVII (7 chapitres) ; XXVIII (18) ; XXIX (14) ; livre « Madame Récamier ». |
| Référence | Wikidata Q1345371 |
Sa vie
Mathieu de Montmorency-Laval (1767-1826), officier en Amérique au régiment d’Auvergne que commandait son père, député libéral de la noblesse en 1789, converti à une dévotion fervente après la Terreur, chef de la Congrégation sous la Restauration. Ministre des Affaires étrangères de décembre 1821 à décembre 1822, il représente la France à Vérone puis démissionne. Duc en 1822, élu à l’Académie en 1825, il meurt le Vendredi saint de 1826 à Saint-Thomas-d’Aquin, en priant.
Avec Chateaubriand
Ami intime et confident de Juliette Récamier, il est à la fois le rival et le collègue de Chateaubriand : celui-ci lui est adjoint à Vérone, malgré lui, puis le remplace aux Affaires étrangères. Il achète en 1818 la Vallée-aux-Loups, mise aux enchères.
Le député du 4 août (1767-1795)
Mathieu-Jean-Félicité de Montmorency-Laval naît à Paris le 10 juillet 1767. Il fait ses premières armes en Amérique, dans le régiment d’Auvergne que commande son père ; marié très jeune à Mlle de Luynes, il en a une fille (Mme Lenormant). Il fréquente déjà Mme de Staël :
« Il appartenait à ce petit groupe de la haute aristocratie, dans lequel l’enthousiasme des idées de progrès, de réformes et de révolution sociale était le plus vif. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Député de la noblesse aux États généraux, il est l’un des hommes de la nuit du 4 août 1789. Les deux récits ne lui donnent pas le même rôle : Mme Lenormant lui attribue la motion, Chateaubriand la donne au vicomte de Noailles, que Montmorency appuie :
« On sait que ce fut sur une motion de Mathieu de Montmorency, député aux États généraux, que l’Assemblée constituante décréta, dans la nuit du 4 août, l’abolition des privilèges de la noblesse. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« […] ce fut un membre de cette noblesse le vicomte de Noailles, soutenu par le duc d’Aiguillon et par Matthieu de Montmorency, qui renversa l’édifice, objet des préventions révolutionnaires. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre V, chapitre 10. · Lire le passage

Il émigre en 1792. En Suisse, il apprend que son frère, l’abbé de Laval, a été guillotiné :
« Cette horrible nouvelle fut pour Mathieu un coup de foudre; peu s’en fallut que le désespoir n’altérât sa raison. Dans sa douleur, il s’accusait de la mort de ce frère victime de la révolution, dont lui, Mathieu de Montmorency, avait embrassé les doctrines. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Mme de Staël le console ; la religion fait le reste :
« À partir de ce jour, cet impétueux, ce séduisant, ce frivole jeune homme devint un austère et fervent chrétien. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
À la mort de La Fayette, en 1834, Chateaubriand le rappellera « collègue de M. de La Fayette à l’Assemblée constituante » (livre XLII, chapitre 3). Dans le Congrès de Vérone, il explique par ces années-là ses réserves envers la liberté :
« Personne plus que lui n’avait aimé et n’aimait encore les libertés publiques ; mais les crimes de 1793 le tenaient en garde contre ses premières opinions et lui laissaient des doutes sur la valeur des principes qu’il avait eus. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
L’ami de Mme Récamier (1799-1817)
Rentré d’émigration, il est introduit chez Mme Récamier avec son cousin Adrien. Mme Lenormant date la rencontre de « cette même année de 1799 à 1800 », mais écrit aussi qu’« il avait trente-sept à trente-huit ans », ce qui mène à 1804 ou 1805 ; elle publie un billet de 1802. Les premiers billets parlent des pauvres :
« Je ne donnerai pas tous les trésors que vous m’envoyez aux mêmes personnes dont je vous parlais hier; mais je réserve cette petite caisse pour les charités les plus intéressantes. »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, 1802, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Il l’aimait en père et veillait avec une sollicitude jalouse sur les sentiments qu’elle pouvait éprouver. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Mme Lenormant fait de lui, avec Ballanche et Chateaubriand, l’un des trois noms de la vie de sa tante :
« À vrai dire, trois noms seulement dominent cette histoire d’une femme. Mathieu de Montmorency, Ballanche, Chateaubriand. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Son nom entre dans les Mémoires par une lettre de Mme de Staël, après la mort de Pauline de Beaumont (novembre 1803) : elle promet à Chateaubriand de respecter ses opinions religieuses, que partage Montmorency.
« Mathieu, qui les a, a été un ange pour moi dans la dernière peine que je viens d’éprouver. »
Mme de Staël à Chateaubriand, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XV, chapitre 6. · Lire le passage
« Je ne voudrais pas que vous devinssiez comme Mathieu (de Montmorency) un ange, mais un ange triste, languissant sur la terre. »
Mme de Staël à Mme Récamier, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre « Madame Récamier » (version de 1839, donnée en appendice).
Sous l’Empire, Mme Récamier refuse une place de dame du palais : Fouché accuse « surtout » Montmorency d’avoir préparé cet « outrage » à l’empereur (Mme Lenormant). Il anime les souscriptions pour les cardinaux détenus. En 1810, Mme de Staël passe quelques jours à La Forest, « dans une terre de Mathieu, à peu de distance de Blois ». L’année suivante, il la rejoint à Coppet :
« Madame de Staël fut renvoyée à Coppet ; Mme Récamier s’empressa de nouveau de se rendre auprès d’elle ; M. Matthieu de Montmorency lui resta également dévoué ; l’un et l’autre en furent punis ; on leur infligea la peine même qu’ils étaient allés consoler. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 21. · Lire le passage
« M. de Montmorency, calme et religieux, m’invitait à suivre son exemple, mais la conscience du dévouement qu’il avait daigné montrer le soutenait, et moi, je m’accusais des cruelles suites de ce dévouement […] »
Mme de Staël, Dix années d’exil, citée dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Biré date de septembre 1811 l’exil de Mme Récamier, signifié « en même temps » à Montmorency ; sa lettre du 28 août parle déjà de « cette petite persécution » :
« […] le pire encore c’est l’état de notre pauvre amie qui se reproche tout par excès de délicatesse […] »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, 28 août 1811, dans Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874. · Lire le passage
Exilé à quarante lieues de Paris, il se retire chez le duc de Doudeauville, à Montmirail, près de sa fille ; Mme Récamier choisit Châlons pour en être proche. En janvier 1812, il vient enfin l’y voir, puis part pour Toulouse en s’arrêtant à Lyon ; il écrit de Vendôme en juin, et accompagne Mme Récamier jusqu’à Chambéry quand elle part pour l’Italie, au carême de 1813 (Mme Lenormant). En 1814, il est parmi les royalistes déclarés :
« Combien comptait-on d’aristocrates avoués proclamant le nom du Roi ? MM. Matthieu et Adrien de Montmorency, MM. de Polignac […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXII, chapitre 23. · Lire le passage
Il devient chevalier d’honneur de la duchesse d’Angoulême (Mme Lenormant). Son épitaphe le dit aussi « gouverneur du château de Compiègne » ; en avril 1814, Mme de Duras y déjeune « chez Mme Mathieu de Montmorency, gouvernante du château » (Pailhès). Le 14 juillet 1817, c’est à lui que Schlegel annonce la mort de Mme de Staël ; il fait passer le billet à son cousin :
« Reçu sur les neuf heures ce fatal 14 juillet. Cher ami! quelle nouvelle! Hier à onze heures j’ai quitté sa maison et sa pauvre fille; on espérait une nuit tranquille. »
Mathieu de Montmorency au duc de Laval, 14 juillet 1817, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
La Vallée-aux-Loups et l’Abbaye-aux-Bois (1817-1820)
Quand Chateaubriand entre dans l’intimité de Mme Récamier, ses plus anciens amis s’inquiètent :
« Les amis plus anciens, plus dévoués, plus désintéressés, comme M. de Montmorency et M. Ballanche, ne virent pas sans ombrage l’ascendant d’une affection dont la prudente amitié de Mathieu redoutait les orages et les inégalités. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Peut-être cette affection pure et inaltérable vaut-elle bien toutes ces illusions passagères qui vous fascinent en ce moment. »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, « lundi soir, à minuit », dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
La Vallée-aux-Loups, que Chateaubriand ne peut garder, est vendue en 1818 :
« La mise à prix était de 50.000 francs ; elle fut couverte par M. le vicomte de Montmorency, qui seul osa mettre une surenchère de cent francs : la Vallée lui resta. Il a depuis habité ma retraite : il n’est pas bon de se mêler à ma fortune : cet homme de vertu n’est plus. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXV, chapitre 6. · Lire le passage
Mme Lenormant raconte autrement : Mme Récamier y passe l’automne de 1818 et l’été de 1819 dans la maison « qu’elle avait louée de moitié avec M. de Montmorency » ; Chateaubriand a « grand’peine à trouver un acheteur », et le projet d’en devenir propriétaire de moitié avec le vicomte échoue avec la ruine de Mme Récamier. Pailhès, qui cite une lettre de Montmorency à son amie, dit le domaine acquis par lui :
« Que deviennent nos grands intérêts de communs locataires, nos espérances, hélas ! trop incertaines, de propriétaires en commun […] »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, cité par Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910. · Lire le passage
La duchesse de Broglie, fille de Mme de Staël, s’en amuse le 19 juillet 1819 :
« Mais quand on écrira la biographie de Mathieu dans la Vie des saints, convenez que ce tête-à-tête avec la plus belle et la plus admirée femme de son temps sera un drôle de chapitre. »
La duchesse de Broglie à Mme Récamier, 19 juillet 1819, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Biré ajoute qu’en 1899 la Vallée appartient au duc de La Rochefoucauld-Doudeauville, « dont la mère était une Montmorency-Laval ». À l’Abbaye-aux-Bois, où Mme Récamier s’installe en 1819, les soirées s’achèvent :
« […] par l’arrivée tardive de Mathieu de Montmorency que son service auprès de Madame retenait assez tard aux Tuileries. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
L’ambassade de Berlin (1820-1821)
À l’automne de 1820, Louis XVIII ne veut pas de Chateaubriand au conseil : on négocie pour lui une ambassade et la restitution de son titre de ministre d’État, et Montmorency s’y emploie avec Mme Récamier (Mme Lenormant) :
« Plus je réfléchis aux idées qui doivent rester entre nous, plus j’ai la conviction qu’elles peuvent seules nous tirer […] »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, « lundi, 20 novembre 1820 », dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Je crois être sûr de notre succès, aimable amie; je dis nôtre, car vous y avez mis un sentiment très-aimable dont le premier intéressé doit être touché. »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, « mardi 10 novembre 1820 », dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Le 10 novembre 1820 était un vendredi, et Mme Lenormant place cette lettre après celle du 20 : la date imprimée est sans doute fautive. Le 20 décembre au soir, Montmorency annonce à Chateaubriand la conclusion de l’accord, dans un billet que les Mémoires recopient :
« Il m’a chargé, comme votre plus proche voisin, de vous faire savoir ce que Corbière voulait aussi vous mander de son côté […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXV, chapitre 13. · Lire le passage
« C’est vous réellement qui leur avez ouvert l’entrée de cette nouvelle carrière : ils comptent sur vous pour la leur aplanir. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXV, chapitre 13. · Lire le passage
« Vous arrangerez ainsi l’Allemagne pour revenir plus tôt au milieu de vos amis. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXV, chapitre 13. · Lire le passage
De Berlin, au début de 1821, Chateaubriand passe par Mme Récamier pour lui écrire et obtenir son congé :
« Tâchez de savoir par Mathieu si on est content. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Berlin, 1821, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Mathieu est d’avis qu’on ne demande le congé qu’au moment. Il a raison […] »
Chateaubriand à Mme Récamier, Berlin, 1821, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Faites connaître cela à Mathieu. Il doit être bien effarouché de ma querelle. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Berlin, 1821, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Mathieu sera-t-il bien aise de me voir? J’en doute. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Berlin, 1821, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Ministre des Affaires étrangères : l’ambassade de Londres (1821-1822)
« M. le vicomte de Montmorency fut nommé ministre des affaires étrangères, M. de Villèle, ministre des finances, M. de Corbière ministre de l’intérieur. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVI, chapitre 11. · Lire le passage
Chateaubriand cite le billet par lequel Montmorency lui annonce sa nomination :
« Vous devez croire au sincère dévouement de celui qui vous est attaché depuis longtemps, et qui ne peut qu’être reconnaissant de la manière dont vous l’avez souvent mis en avant. »
Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, 1821, cité dans Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Chateaubriand obtient l’ambassade de Londres. Céleste accuse le ministre d’avoir voulu y mettre son cousin :
« […] au lieu de donner à M. de Chateaubriand l’ambassade de Londres, il fit tout ce qu’il put […] »
Céleste de Chateaubriand, Cahier vert (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909).
… pour y nommer son cousin, le duc de Laval.
L’éditeur des Cahiers la contredit, d’après Herriot et les Mémoires de Villèle : Montmorency voulait Laval à Naples, et pour Londres, « Montmorency céda, non sans difficultés », en partie pour satisfaire Mme Récamier. Des années plus tard, la veuve de Montmorency écrit au contraire à Mme Récamier qu’il avait demandé pour Chateaubriand l’entrée au conseil, que Villèle refusa :
« […] jamais M. de Montmorency ne l’a pu obtenir du ministre prépondérant. »
La duchesse Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
De Londres, au printemps de 1822, Chateaubriand se défend de rumeurs rapportées au ministre, puis se réconcilie avec lui :
« Je viens d’écrire à M. de Montmorency. Je n’ai pas été étonné de ce qu’on lui avait dit. Les gens qui aiment à brouiller sont fort communs. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« J’ai fait ma paix avec Mathieu. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Toutes ses dépêches d’ambassadeur lui sont adressées ; les Mémoires en recopient plusieurs (livre XXVII) :
« Il m’est venu une idée, monsieur le vicomte, que je soumets à votre jugement […] »
Chateaubriand à Montmorency, 13 avril 1822, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 2. · Lire le passage
« Le vicomte de Montmorency refusa d’entrer en négociations sur les colonies espagnoles avec le cabinet de Saint-James. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 5. · Lire le passage
Le congrès : « il ne voulait pas de moi » (mai-septembre 1822)
Chateaubriand veut être du congrès que les souverains vont tenir en Italie. Il écrit au ministre le 24 mai :
« J’avais écrit dès le 24 mai à M. de Montmorency ; mais je ne trouvai aucune faveur. La longue réponse du ministre est évasive, embarrassée, entortillée ; un éloignement marqué pour moi s’y déguise mal sous de la bienveillance […] »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 8. · Lire le passage
« N’avez-vous pas pensé le premier qu’il faut soigner, vis-à-vis du ministère anglais, certains effets de la jalousie et de l’humeur qu’il est toujours prêt à concevoir sur les marques directes de faveur auprès du Roi, et de crédit dans la société ? »
Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 8. · Lire le passage
Le 11 juin, il revient à la charge :
« Je désire aller au congrès. Je pense qu’il est bon pour vous et pour moi que vous me mettiez en rapport direct avec les souverains de l’Europe […] »
Chateaubriand à Montmorency, 11 juin 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
À Mme Récamier, il dit ses craintes et ses calculs :
« Je vois que Mathieu a envie lui-même d’aller au congrès. Il aurait grand tort. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Si Mathieu va à Vienne ou à Florence, pourquoi dans son absence ne me confierait-on pas le portefeuille des affaires étrangères par interim? »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, juin 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Mais il ne faudrait pas en dire un mot à Mathieu; il prendrait l’épouvante […] »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Le 17 août, Montmorency lui renvoie Hyacinthe Pilorge avec une lettre :
« […] sur une affaire à laquelle vous semblez mettre un intérêt bien exagéré et bien exclusif. »
Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, 17 août 1822, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 10. · Lire le passage
« Cette nouvelle lettre de M. de Montmorency, mêlée de quelques phrases ironiques, me confirma pleinement qu’il ne voulait pas de moi au Congrès. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 10. · Lire le passage
Villèle, à qui Chateaubriand s’est adressé, emporte la décision le 27 août :
« Les deux autres seront MM. de Caraman et de La Ferronnays ; ce qui n’empêche pas M. le vicomte de Montmorency de partir après-demain pour Vienne […] »
Villèle à Chateaubriand, 27 août 1822, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVII, chapitre 10. · Lire le passage
« L’affaire est faite; mais avec quelle mauvaise grâce de la part de Mathieu! »
Chateaubriand à Mme Récamier, Londres, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
À Vienne, Montmorency apprend que Villèle a reçu la présidence du conseil en son absence. Il l’écrit à sa femme, le 15 septembre :
« Voilà donc la nouvelle positive de la présidence qui m’est apportée par le duc de Rauzan. J’ai fait bonne mine, surtout vis-à-vis des étrangers. Mais j’en suis peu content […] »
Mathieu de Montmorency à la vicomtesse de Montmorency, Vienne, 15 septembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Vérone (octobre-novembre 1822)
À Venise, il apprend le 13 octobre la mort de Canova, l’ami de Mme Récamier (lettre de Vicence, 15 octobre). Il arrive à Vérone le 16 :
« Je suis arrivé hier ici: j’y avais été précédé de deux jours par M. de Chateaubriand avec qui le premier abord a été fort gracieux. »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Vérone, 17 octobre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Vous savez qu’il lui arrive souvent d’être peu aimable pour ceux à qui il ne désire pas immédiatement plaire. »
Même lettre. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
« Nous sommes très-bien ensemble. Il s’était élevé un petit nuage qui a promptement passé. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Vérone, 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Le 20 octobre, dans une réunion confidentielle des ministres des cinq puissances, il expose les cas où la France pourrait faire la guerre à l’Espagne et demande aux alliés leur appui. Chateaubriand, seize ans plus tard, en tire argument contre ceux qui disent la guerre imposée par le congrès :
« Ainsi donc, c’est la France elle-même qui, par l’organe de M. de Montmorency, a déclaré qu’elle serait sans doute obligée de faire la guerre […] »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
« Plein de vénération pour les vertus de M. le vicomte de Montmorency, nous sommes obligé d’avouer que nous n’avions pas le bonheur de lui agréer. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
« Nous n’eûmes de véritable crédit au congrès qu’après le départ de M. de Montmorency. Nous devons rendre cette justice au duc Mathieu, les qualités supérieures de son âme l’emportèrent sur son peu de penchant pour notre personne : en nous quittant, il détruisit d’une façon toute magnanime les préventions qu’on avait inspirées à Alexandre contre nous […] »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Il part le 22 novembre (Chateaubriand à Villèle, post-scriptum du 21 : « M. de Montmorency ne part que demain 22 »). La veille, il écrit à Mme Récamier :
« Je laisse ici un autre de vos amis qui continuera les grandes aventures, que je crois avoir pour ma part conduites aussi bien que possible dans la circonstance […] »
Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Vérone, 21 novembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
De Milan, le 24, il recommande à Chateaubriand le banquier Ouvrard, venu pour l’emprunt de la Régence d’Urgel :
« Le tout est en bonnes mains, noble vicomte. Écrivez encore par lui. »
Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, Milan, 24 novembre 1822, dans Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Rentré à Paris le 1er décembre, il est fait duc :
« Le roi avait voulu donner au ministre des affaires étrangères revenant du congrès le titre de duc de Vérone. Mais M. de Montmorency ne consentit pas à quitter son nom, même pour accepter une faveur royale […] »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Je ne vous parle de mon nouveau titre que parce que vous vous intéressez à tout ce qui me regarde. »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, 2 décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
« Vous aurez vu M. de Montmorency. J’ai hérité de ses succès ici. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Vérone, 3 décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
La démission (décembre 1822)
Au conseil, Montmorency veut aligner la France sur les autres puissances ; Villèle veut garder un ambassadeur à Madrid :
« Le duc Mathieu de Montmorency voulait que la déclaration de la France fût conforme à celle des autres puissances, et insistait sur le rappel immédiat de notre ambassadeur à Madrid. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Votre second et très-second ami arrivera incessamment, demain ou après-demain au plus tard. J’ai beaucoup à vous parler de ses dispositions qui pourraient me faire sourire, si la chose n’était beaucoup plus grave. »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Paris, 18 décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Enfin le 25 décembre, après une longue séance tenue malgré la solennité de la fête de Noël, le duc Mathieu de Montmorency, n’ayant pu amener à son sentiment la majorité du conseil, crut devoir se démettre du portefeuille des affaires étrangères. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Villèle propose aussitôt le portefeuille à Chateaubriand. Le 26 au matin, celui-ci refuse :
« Vous avez été excellent pour moi et je n’ai pas toujours eu à me louer de M. de Montmorency, mais enfin il passe pour être mon ami; il y aurait quelque chose de déloyal à moi à prendre sa place […] »
Chateaubriand à Villèle, 26 décembre 1822, dans Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
« Mathieu ne valait pas ce sacrifice par la manière dont il a été avec moi, mais je devais cela à vous et à ma loyauté. »
Chateaubriand à Mme Récamier, 26 décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le roi insiste ; Chateaubriand accepte et s’installe au ministère le 1er janvier 1823. Seize ans plus tard, il écrit :
« La raison officielle de la démission de M. le duc de Montmorency est encore un mystère. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
« Nous ne le croyons pas; nous croyons plutôt à l’incompatibilité des caractères. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Et il fait son portrait :
« Sa figure était pâle et sereine; un charme de jeunesse ne s’était point effacé de son front demi-chauve : une imagination caressante et vive répandait sur ses mœurs sérieuses la gracieuseté du sourire. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
« M. de Montmorency s’éloigna, et fut regretté de tous les hommes de bien en Europe. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Céleste, dans son Cahier vert, est plus dure. Elle croit le titre de duc donné à la sortie du ministère, alors qu’il l’a reçu le 1er décembre et signe « Duc Mathieu de Montmorency » dès le 2 :
« Après cela la sortie de M. de Montmorency fut-elle une disgrâce? La politique, certes, n’y entra pour rien. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier vert (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909).
« Mais en sortant il reçut la récompense de ce noble sacrifice en se faisant nommer duc. »
Céleste de Chateaubriand, Cahier vert (Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, 1909).
Ballanche écrit à Mme Récamier, partagée entre ses deux amis (Mme Lenormant date la lettre du 20 décembre, avant la démission) :
« Aimez-moi, quoique je ne sois ni détrôné ni exalté contre votre gré. »
Ballanche à Mme Récamier, décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Montmorency se retire à la Vallée :
« Je vous plains réellement de vous trouver ainsi placée entre un ministre sortant et un ministre entrant à la même place […] »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Val-du-Loup, 31 décembre 1822, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le 2 janvier 1823, il passe les affaires à son successeur :
« Je n’ai eu qu’à me défendre des empressements, des excuses, des protestations. Je crois y avoir répondu assez simplement, sans humeur, colère ni faiblesse […] »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Paris, 2 janvier 1823, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Hors du ministère (1823-1825)
Le 27 février 1823, il remercie Chateaubriand de l’avoir nommé dans son « grand discours » sur l’Espagne :
« Hâtons-nous d’agir vis-à-vis de l’Espagne. »
Mathieu de Montmorency à Chateaubriand, 27 février 1823, dans Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
L’été suivant, à la Vallée, il note l’anniversaire de la mort de Mme de Staël :
« Au Val, 14 juillet 1823, 6e anniversaire de la mort de Mme de Staël; été où j’ai joui de toute la liberté que me donnaient ma sortie du ministère et le voyage de Madame. »
Note trouvée dans les papiers de Mathieu de Montmorency, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I. · Lire le passage
Après la guerre d’Espagne, l’empereur Alexandre lui envoie, ainsi qu’à Chateaubriand, le grand cordon de Saint-André ; Villèle s’en offense (Mme Lenormant ; Congrès de Vérone). Mme Récamier part pour l’Italie le 2 novembre 1823 ; Montmorency projette de la rejoindre à Rome, puis y renonce, retenu par sa mère (lettre du duc de Doudeauville, dans Mme Lenormant). Au début d’avril 1824, les deux hommes dînent ensemble ; leurs lettres ne s’accordent pas sur le jour (« l’autre jour » le 1er avril, « hier » le 3). Montmorency a dîné « chez ce rival, à côté de lui » :
« La conversation a été facile, même sur un sujet délicat […] »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Paris, 1er avril 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Mais il n’y a plus jamais rien de bien expansif, et le sujet sur lequel nous le sommes le moins, c’est peut-être vous. »
Même lettre. · Lire le passage dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier
« C’est déjà bien assez que l’on ne me reproche que ma perfidie envers Mathieu. Vous savez ce qu’il en est, et ce qu’il en pense lui-même; il a dîné hier chez moi […] »
Chateaubriand à Mme Récamier, Paris, 3 avril 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
En avril 1824, la loi de Villèle sur la conversion des rentes vient devant la Chambre des pairs :
« […] je suis frappé de quelques objections, mais je ne compte pas me mettre en avant et je crois en tout que je parlerai très-peu. »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, 24 avril 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Il vote contre (le duc de Laval à Mme Récamier, Gênes, 19 juin 1824). La loi rejetée, Chateaubriand est renvoyé le 6 juin. Montmorency l’annonce à Mme Récamier :
« Il a un maintien simple, noble et courageux. »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Paris, 8 juin 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Nous avons augmenté d’un cran d’obligeance réciproque, mais voilà tout; cela devait être. »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Paris, 22 juillet 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Le duc de Doudeauville, entré au ministère, oppose les deux disgrâces :
« Pourquoi n’a-t-il pas eu l’attitude noble et digne de M. de Montmorency? »
Le duc de Doudeauville à Mme Récamier, 1er septembre 1824, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
En mai 1825, ils sont tous deux au sacre de Charles X, à Reims. De Compiègne, Montmorency écrit à Mme Récamier, enfin revenue d’Italie :
« Mon successeur aura été plus heureux: car je crois qu’il était parti dès avant-hier soir de Reims […] »
Le duc Mathieu de Montmorency à Mme Récamier, Compiègne, 1er juin 1825, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
L’Académie et le Vendredi saint (1825-1826)
« […] on eut donc raison de vaincre les scrupules de sa modestie, et l’Académie fit un bon choix en le nommant le 3 novembre 1825. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Il abandonne la pension de son fauteuil ; l’Abbaye-aux-Bois la propose à Marceline Desbordes-Valmore, qui refuse, puis reçoit une pension du roi obtenue par Montmorency et Mme Récamier (Mme Lenormant). Le 11 janvier 1826, il est nommé gouverneur du duc de Bordeaux. Le 9 février, il est reçu à l’Académie ; Chateaubriand lit à la même séance la première partie de son discours sur l’histoire de France :
« […] c’était la première fois, depuis sa sortie du ministère, que M. de Chateaubriand paraissait en public, et il avait voulu le faire pour donner plus d’intérêt à la séance et, en quelque sorte, pour orner le triomphe de celui dont il avait été le rival. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Six semaines plus tard, le Vendredi saint :
« Le duc de Montmorency était devenu gouverneur du duc de Bordeaux. Il ne jouit pas longtemps de ce pesant honneur : il expira le vendredi saint 1826, dans l’église de Saint-Thomas-d’Aquin, à l’heure où Jésus expira sur la croix, il alla à Dieu avec le dernier soupir du Christ. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXVIII, chapitre 11. · Lire le passage
« Tandis qu’il était prosterné au pied du tombeau de son divin Sauveur, on vit tout à coup son noble front se baisser un peu plus profondément, comme dans un redoublement de ferveur; on craignit d’abord de troubler son pieux recueillement, mais bientôt on s’aperçut qu’il avait cessé de vivre. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Biré précise qu’il était venu « dans l’après-midi », malgré un étourdissement dont il avait été frappé rue du Bac la semaine précédente :
« […] mais à peine s’était-il agenouillé pour adorer la croix, qu’il perdit connaissance : il chancela […] »
Edmond Biré, Mémoires d’outre-tombe, t. IV, appendice VIII « La mort du duc Mathieu de Montmorency ». · Lire le passage

Mme Récamier accourt auprès du corps (Mme Lenormant). La duchesse de Broglie lui écrit le lendemain :
« Mais quelle belle mort! Ainsi lui-même l’aurait choisie, le lieu, le jour, l’heure. »
La duchesse de Broglie à Mme Récamier, samedi saint 1826, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Dans le Congrès de Vérone, Chateaubriand revient à cette mort :
« Dieu visita le chrétien achevé, le Vendredi-Saint au pied des autels, à l’heure où le Fils de l’Homme avait accompli son sacrifice. »
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838. · Lire le passage
Il le conduit au cimetière de Picpus :
« A Picpus j’ai accompagné M. le duc Matthieu de Montmorency, collègue de M. de La Fayette à l’Assemblée constituante, au fond de la fosse la corde tourna la bière de ce chrétien sur le côté, comme s’il se fût soulevé sur le flanc pour prier encore. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XLII, chapitre 3. · Lire le passage

Pour Mme Récamier, il compose une prière « pour la perte d’une personne qui nous était chère », que Mme Lenormant publie. Le duc de Laval écrit de Palo, le 9 avril, à celle qui partage son deuil :
« […] je n’ai eu quelque mérite, quelque honneur dans ma vie que dans les actions qui m’ont été communes avec mon angélique ami. »
Le duc de Laval à Mme Récamier, Palo, 9 avril 1826, dans Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
« Le vide que la mort de M. de Montmorency avait laissé dans le coeur et dans l’existence de Mme Récamier ne fut jamais rempli. »
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. II. · Lire le passage
Trois ans plus tard, de Rome, Chateaubriand compte sur la mémoire de Mme Récamier :
« […] vous vous souvenez bien de M. de Montmorency et de madame de Staël, vous avez la mémoire aussi bonne que le coeur. »
Chateaubriand à Mme Récamier, Rome, 3 janvier 1829, dans Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXIX, chapitre 14. · Lire le passage
Et, faisant en 1833 l’appel des acteurs du congrès de Vérone :
« Le duc de Montmorency, ministre des affaires étrangères de France ? – Mort. »
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livre XXXIX, chapitre 3. · Lire le passage
Sources et documents
Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, livres V, XV, XXII, XXV à XXIX, XXXIX, XLII et « Madame Récamier » (version de 1839)
Chateaubriand, Congrès de Vérone, 1838
Amélie Lenormant, Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Mme Récamier, 1859, t. I et II (lettres de Montmorency à Mme Récamier) (lire sur le site · Project Gutenberg)
Amélie Lenormant, Madame Récamier, les amis de sa jeunesse et sa correspondance intime, 1874 (lire sur le site · Internet Archive)
Les Cahiers de Madame de Chateaubriand, éd. J. Ladreit de Lacharrière, 1909 (texte de Céleste) (lire en ligne)
Gabriel Pailhès, La duchesse de Duras et Chateaubriand, 1910
Mémoires d’outre-tombe, éd. Edmond Biré, Paris, Garnier, 1898-1900 (notes) (lire sur le site · Internet Archive)
Épitaphe de la chapelle funéraire des La Rochefoucauld-Doudeauville, cimetière de Picpus (photographie d’Antoine Rex, 2026, Wikimedia Commons) (lire en ligne)

